3) L'exploitation piscicole.

Comment exploite-t'on et améliore-t'on la production d'un étang de pisciculture ?

   La création de l’ETANG DE LINDRE, au Moyen-Age, permit à la fois l’assainissement d’une zone marécageuse insalubre et l’approvisionnement en poissons, nourriture maigre nécessaire aux jours d’abstinence. Il avait une trés grande renommée : en effet, Louis XII affirmait qu’on y trouvait les meilleures carpes du monde. L’étang fut vendu sous l’Empire à des négociants financiers : son activité piscicole prit alors un véritable essor pour constituer aujourd’hui la plus vaste des manufactures d’eau douce en France.
    Depuis 1976 il est devenu l'une des propriétés privées du Département de la Moselle.
   Chaque année, au mois de novembre, y est organisée la fête de la " Grande Pêche", où l’on peut découvrir, entre autres, la pêche  traditionnelle au filet...Cette fête attire en moyenne 15000 personnes chaque année ; elle est par ailleurs l’occasion idéale pour déguster des spécialités à base de poissons ou en acheter.
 

 
    A/ LA PISCICULTURE A LINDRE.

  L’étang de Lindre est géré par le Domaine de Lindre, centre piscicole du Département de la Moselle.

   Il pratique la pisciculture d’étang qui est tout à fait différente de la pisciculture en bassins. En effet, la pisciculture d’étang est une agriculture traditionnelle extensive* qui se confronte aux aléas de la nature : cette culture consiste à élever des poissons sur de vastes surfaces. Les pratiques culturales varient selon le cours des saisons. Différentes opérations permettent de rapprocher la pisciculture d’étang à l’agriculture comme:
   -l’alevinage* = semis
   -le chaulage*  mise en place d’engrais au printemps = amendement*
   -le faucardage*   et l'assec*  = labour
   -la pêche au printemps ou à l’automne =  moisson
.
 

Centre piscicole de Lindre-Basse
   La pisciculture possède des bassins d’élevage et de stockage des poissons, une serre d’alevinage ainsi qu’une écloserie afin  d’assurer la reproduction de ses poissons, l'ensemble de ces installations se trouvant juste en aval de la grande digue, sur la commune de Lindre- Basse.
 

   B/ LA REPRODUCTION ASSISTEE

Pourquoi pratiquer la reproduction « artificielle » ou plutôt assistée chez les poissons ?

   La reproduction assistée est intéressante pour améliorer la production piscicole, en effet, les alevins* produit de façon artificielle jouissent d’un taux de survie exemplaire, ainsi le repeuplement à partir d’oeufs embryonnés peut être assuré.

   Les individus adultes sont sélectionnés puis induits, c’est à dire piquer avec une certaine quantité d' extrait hypophysaire (broyat de glandes hypophysaires* de poissons contenant les hormones stimulant la maturation des cellules sexuelles dans les gonades*), selon leur poids. Ainsi on peut synchroniser la production des gamètes* chez les femelles et les mâles, cette méthode s’appelle l’hypophysation.
   Le jour prévu, on endort les différents individus en les plongeant dans une eau additionnée d’un anesthésiant. En massant le ventre des premières, on récolte leurs ovules qui sont aspergés aussitôt de la laitance* du ou des mâles. Cette manipulation se fait à sec ou dans l’eau suivant les espèces. On remue doucement pour améliorer le taux de fécondation.

Le moment de la Fécondation : la rencontre des gamètes

   Les oeufs fécondés sont mis dans des bouteilles de Zug (vase où de l’eau arrive par en dessous) .Les oeufs sont ainsi oxygénés dans cette installation, où le courant ascendant et continu leur assure un milieu idéal. On les surveille alors durant l'incubation qui dépend de la température de l’eau et de l’espèce ( 10 à 3 jours )...
   Les périodes de reproduction des différentes espèces se succèdent donc de février à juillet en fonction de la température de l’eau : brochet, perche, sandre, gardon, carpe, rotengle et tanche.

   Les oeufs au "stade oeillé" sont transférés dans des clayettes, où s’effectuera l’éclosion. Une fois éclos, les alevins ne sont encore que des larves ! Ils vivent sur leur réserve de vitellus* contenue dans leur poche vitelline*. Des supports sont placés dans les clayettes parcourues par une circulation d'eau leur assurant une bonne oxygénation. Les alevins s'y fixent, ils acquériront ensuite, à la place de leur bouche-ventouse, une bouche dentée et  se nourriront de plancton*.
   Une fois leurs réserves épuisées : on les appelle alors « vésicules résorbées », ils seront, soit gardés pour les besoins propres du Domaine, soit expédiés dans des sacs spéciaux gonflés d'oxygène.
   De bassins en bassins, le pisciculteur surveillera leur croissance en les mettant dans des conditions optimales. Ils seront ensuite en général l’objet d’un alevinage.
 
 C/ L'ALEVINAGE

   L’alevinage* consiste à relacher des poissons reproducteurs, des alevins ayant un ou deux étés, ou des larves : " vésicules résorbées".

Un alevinage en étang

   On peut aleviner un étang après une pêche et une remise en eau, pour assurer la production de la pêche suivante. Des sociétés de pêches achètent aussi des alevins ou des poissons plus âgés pour repeupler des cours d’eau ou des étangs réservés aux loisirs de la pêche à la ligne.
   L’alevinage est un art, un peu comme la cuisine, il faut en doser les ingrédients ! Le nombre à relâcher pour les différentes espèces, en fonction de la surface et des paramètres écologiques de l’étang conditionne la production de ce dernier ! Interviennent aussi les conditions dans lesquelles se fait cet alevinage (température de l’eau, transport, …) et bien sûr la météo de l’année !
   Les différentes méthodes de reproduction ont permis de développer les recherches et les expérimentations.
Maitriser l’élevage de certaines espèces implique l’amélioration des structures et de nouvelles techniques de production, mais aussi la meilleure connaissance de son outil de production.

    D/ LES DIFFERENTES TECHNIQUES DE PECHE

   D1/ La méthode de l'assec

   L’assec consiste à laisser l’étang sans eau après la vidange pour la pêche durant une saison estivale.

   On peut alors utiliser ses fonds très riches (vase*) pour le cultiver et récolter des céréales sans apport d’engrais, à moindre coût ! D’autre part les matières minérales et organiques ainsi oxydées permettront un meilleur rendement piscicole la ou les saisons suivantes.

   Suivant la méthode d’exploitation choisie, on peut pratiquer l’assec ou non et en faire varier la périodicité.
L’assec annuel est fréquent dans les Dombes. A l’étang de Lindre jusqu’en 1952 on pratiquait l’assec triennal. Puis on a vidé l’étang tous les 2 ans, l’assec était biennal jusqu’en 1976. Les paysans des villages limitrophes avaient leurs parcelles attribuées dans l’étang.

  D2/ Le lacher et la vidange

   La pêche des étangs est traditionnelle même si les techniques se sont améliorées. Pour rassembler le poisson dans le ou les fossés de pêche, l’étang doit être vidé. Pour cela on ouvre les vannes au niveau de la digue. Suivant le type d'étang, la pêche se fait en automne ou au printemps, pour le Lindre la pêche automnale se faisait tous les trois ans, puis tous les deux ans :  Alternativement on pêchait soit le Lindre, soit les étangs de Lansquenet et Zommange. Il n’y avait plus d’assec biennal, le dernier remontant à 1976. Un assec exceptionnel en 1988 fût nécessité pour la construction des deux digues. Depuis 1992, il est pêché tous les ans, fin novembre.

   L’étang de Lindre,  autrefois lâché qu'à partir du 1er octobre, doit être au niveau de pêche en novembre avant les grands froids, tout en maîtrisant le débit d’eau, afin de ne pas inonder les parcelles de la vallée de Marsal en aval. Il est maintenant lâché de façon plus progressive pour une meilleure gestion hydraulique !
    Depuis 1988, la création de deux digues permet de vidanger partiellement, soit que la partie aval, soit la cornée de Zommange, soit également la partie amont (Guermange et Assenoncourt). Cette dernière peut constituer une réserve d’eau en cas de variation brutale de température nuisant à la survie du poisson dans le volume d’eau réduit des fossés, ou au contraire permettre une rétention d’eau en cas de précipitations trop abondantes risquant de le faire remonter au-dessus du niveau de pêche.

   Vider et « mettre en pêche » un grand étang comme le Lindre nécessite une bonne maîtrise et de l’expérience !

    D3/ La pêche au filet

 La technique de pêche a peu évolué depuis le Moyen–Age. Elle nécessite de la main d’œuvre, peu de mécanisation, seuls les camions à réservoirs et oxygénation ont remplacé les charrettes à traction animale, où les poissons (les carpes étaient alors la production principale) voyageaient sur des lits de paille humide !
.

Le trait du filet

Différentes étapes d’une pêche en fossé :

  • Mise en place du filet : le filet est placé en haut du fossé de pêche  et les ailes du filet sont maintenues à la verticale de l’eau par une corde supérieure munie de flotteurs et par une corde intérieure.
  • Le trait :le filet est tiré de chaque côté par une équipe de pêcheurs. Si la charge en poissons est importante, il est nécessaire d’utiliser une seconde senne*.
  • Plombage : les deux pêcheurs au bord du filet ont un rôle fondamental. Ils maintiennent la corde plombée au fond de l’eau pour éviter toute fuite de poissons.
  • Le filet est progressivement rassemblé  sur l’un des deux côtésdu fossé devant la digue. Une fois les ailes entièrement tirées, la perche est tenue par des flotteurs. Il est parfois nécessaire d’oxygéner l’eau autour du filet quand la récolte est abondante. La pêche de la senne peut contenir de 2 à 5 tonnes de poissons.
  • Le maître pêcheur récupère le poisson dans le filet à l’aide d’une grande épuisette et le transfère dans des bassines.
  • Le tri : les poissons peuvent alors aussitôt être triés par d'autres pêcheurs dans différentes bassines au fond perforé.
  • La pesée : par équipe de deux le reste des pêcheurs prend en charge chaque bassine, ils doivent être rapides ! Ils la déposent sur une balance pour la pesée, où le responsable marque pour chaque espèce les poids, puis ils  vont déposer le poisson dans un des réservoirs oxygénés d'un camion, équipé spécialement.
  •    E/ PRODUCTION ET COMMERCIALISATION

       Des tonnes de poissons sont produites et pêchées chaque année à l’étang de Lindre. La production s’élève de 60 à 100 tonnes de poissons,c’est à dire plus de 100 kg par hectares et par an. Ce sont essentiellement des  blancs* , environ 20 tonnes de carpes et 15 tonnes de brochets. Pour une production plus variée, de nouvelles espèces de poissons sont introduites dans l’étang, comme la carpe japonaise.
     

    Espèces Poids Poids
      en Kilogrammes (kg) en poucentage (%)
    carpes
    18807
    13,53
    tanches
    18206
    13,09
    perches
    2630
    1,89
    brochets
    15102
    10,86
    blancs
    82842
    59,58
    anguilles
    503
    0,36
    sandres
    241
    0,17
    poissons d'ornement
    525
    0,38
    divers
    194
    0,14
     
       Tous les poissons de l’étang sont destinés à la commercialisation. Les poissons de l’étang de Lindre sont surtout vendus vivants pour le repeuplement des cours d’eau et des étang nécessaire à la pêche de loisir. Les ventes se font aussi pour les restaurants de la région (Alsace et Lorraine ). Certains clients viennent même de Paris et sa région, de Belfort et aussi du Bénélux.
     
       Avec une modification des habitudes, le Domaine a même des clients désireux de créer des bassins ou des aquariums pour la décoration. On assiste à une sorte de domesticatrion des poissons avec la Carpe koï, qui fait l'objet d'un programme de sélection dans cette pisciculture-pilote qu'est le Domaine de Lindre.

       Le savoir-faire "au Lindre" se vend, mais il peut surtout se découvrir : Le public depuis la digue principale, peut à l’occasion de la fête de « la Grande Pêche » voir le déroulement de cette récolte, tout en dégustant des produits préparés (dont les fameux beignets de carpe !) et en bénéficiant de nombreuses animations de découverte sur le thème de l’étang. En 1999, cette fête a été remplacée, pour des raisons de travaux, par un marché aux poissons, tous les samedis et dimanches de novembre : les particuliers pouvaient ainsi choisir et acheter le poisson désiré.

     

    Page suivante Première page  Quizz