Ressoures scientifiques

LE TABAGISME CHEZ LES COLLEGIENS : ETUDE DANS QUATRE COLLEGES LORRAINS
1999-2000

Collège Saint-Exupéry - Saint Nicolas de Port (54)
Collège Guynemer - Nancy (54)
Collège Jules Bastien Lepage - Damvillers (55)
Collège Emilie du Châtelet - Vaubécourt (55)


Travail préparé par les élèves de Troisième de l'option " Sciences & Communication " Collège Saint-Exupéry - Saint Nicolas de Port

Coordination : A. Vivant professeur de SVT , Docteur Ambroise CHU Nancy


Méthode de l'étude
Résultats

Description de la population
Tabagisme de l'entourage et autorisation de fumer
L'essai du tabac
Le tabagisme des collégiens
Les motivations du tabagisme chez les collégiens
Les moyens de prévention du tabagisme vus par les collégiens


Discussion
Annexe 1 : questionnaire
Annexe 2 : démarche pédagogique


INTRODUCTION

Dans le cadre d'une option Sciences et Communication, des élèves de Troisième du collège de Saint-Nicolas-de-Port ont souhaité mettre en place une action sur le tabagisme destinée aux autres collégiens. Afin d'augmenter la pertinence de leur intervention, ils ont décidé de réaliser une étude ayant pour objet de préciser l'importance du tabagisme chez les collégiens, les raisons qui les conduisent à fumer et les arguments qu'il leur semblerait opportun d'utiliser pour les convaincre d'arrêter. Afin de ne pas limiter leurs observations à des collégiens de zones suburbaines, le groupe a choisi d'élargir l'enquête à trois autres collèges représentant des zones urbaines et rurales.
Pour la présentation des résultats, trois parties correspondant chacune à l'un des objectifs de l'étude ont été constituées : habitudes tabagiques des collégiens, motivations de ce tabagisme et moyens de le prévenir.


MÉTHODE

Les objectifs de l'enquête, son protocole et le contenu de la fiche d'enquête ont été définis au cours de deux séances de travail par les élèves organisateurs. La rédaction finale de ces documents a été assurée par les enseignants, dans le respect du travail fourni par les élèves.

Population étudiée
L'enquête a été menée dans quatre collèges situés en zone urbaine (Collège Guynemer à Nancy, Meurthe et Moselle), suburbaine (Collège Saint Exupéry à Saint-Nicolas-de-Port, Meurthe et Moselle) et rurale (Collège Jules Bastien Lepage à Damvillers et Collège Emilie du Châtelet à Vaubécourt, Meuse). Le questionnaire a été soumis à l'ensemble des collégiens de chacun des établissements présents au moment de l'enquête. Les élèves absents n'ont pas été interrogés ultérieurement.

Mode de recueil des informations
L'enquête a été réalisée de manière transversale en décembre 1999 (Nancy et Saint-Nicolas-de-Port) et janvier 2000 (Damvillers et Vaubécourt). Un questionnaire auto administré de deux pages a été préparé (Annexe 1). Il comportait trois parties correspondant chacune à l'un des objectifs de l'étude. Les questions étaient à réponses ouvertes, semi-ouvertes ou fermées. Ce questionnaire n'a pas été testé avant son utilisation.
Le protocole d'enquête a été transmis aux enseignants des établissements concernés qui avait la charge d'assurer la distribution des questionnaires à la fin d'un cours. Le remplissage a été effectué simultanément pour tous les élèves d'une même classe et sur une seule journée pour tous les élèves d'un même collège. L'anonymat a été préservé dans le remplissage et la collecte des questionnaires. Le regroupement des fiches de recueil s'est effectué immédiatement après le remplissage, pour chaque classe, puis pour chaque établissement.
Aucun problème notable n'a été observé pendant le déroulement de l'enquête, en dehors de quelques difficultés de compréhension des questions parmi les élèves les plus jeunes des différents établissements. Des explications complémentaires ont alors été apportées par les professeurs.
L'exhaustivité des réponses par item est toujours supérieure à 90 %.

Mode d'exploitation des données
La saisie des fiches a été réalisée à l'aide du logiciel Access (Microsoft) par les élèves de l'option "Sciences & Communication" pour les collèges de Nancy et Saint-Nicolas-de-Port, par du personnel non enseignant dans les établissements de Vaubécourt et Damvillers. Une validation des informations saisies a été réalisée avant le début de l'analyse. L'exploitation des données a été réalisée avec les logiciels Excel (Microsoft) et Epi-Info.

L'analyse statistique a été menée en mode bivarié par le test du Chi deux pour les variables qualitatives et par le test Z non paramétrique pour les variables quantitatives.

Quelques clés de lecture
· s =
Cette valeur correspond à l'écart-type de la distribution des valeurs pour le paramètre étudié. Sa formule de calcul est :


Le rapport de l'écart-type à la moyenne donne le coefficient de variation (exprimé habituellement en pourcentage). Il donne une information sur la dispersion des valeurs du paramètre au sein de la population. Plus il est élevé, plus la population est hétérogène pour le paramètre étudié.

· p =
Cette valeur est obtenue par le test statistique de comparaison entre les groupes. Elle correspond à la probabilité de se tromper lorsque l'on affirme qu'il existe une différence entre les groupes. Plus elle est basse, plus les groupes ont de chance d'être différents pour le paramètre étudié. On considère habituellement qu'en dessous de p = 0,05, la différence est " significative ", c'est à dire que le risque de se tromper en affirmant la différence est devenu acceptable car suffisamment faible.

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RÉSULTATS

Description de la population

Effectifs
Mille deux cent dix sept collégiens ont répondu au questionnaire, dont 333 au collège de Nancy, 557 à Saint-Nicolas de Port, 185 à Vaubécourt et 142 à Damvillers. La répartition des réponses par niveau scolaire et par collège est illustrée dans la figure 1.

La part représentée par chaque niveau scolaire ne varie pas selon l'établissement (p = 0,91)

Age
L'âge moyen des collégiens interrogés est de 12,9 ans (s = 1,3). Il ne varie pas selon le collège (p = 0,85) et le sexe (p = 0,92). Comme on pouvait s'y attendre, l'âge moyen augmente selon le niveau scolaire : de 11,3 en sixième, il passe à 14,4 ans en troisième. Cette augmentation est équivalente dans les quatre collèges.

Sexe
Le sex-ratio garçon/fille a été calculé à 1,03 pour l'ensemble des élèves. Cette valeur ne diffère pas significativement selon l'âge et entre les collèges (p = 0,09), même si Damvillers semble avoir une proportion plus élevée de filles (Figure 2).

Taille de la commune de résidence
Les collèges ayant un recrutement large, il a semblé intéressant d'observer la taille de la commune d'habitation des élèves de manière à confirmer le caractère urbain, semi-urbain ou rural des quatre populations étudiées. Les résultats obtenus pour ce paramètre sont illustrés par la figure 3.


Au collège de Nancy, 88% des élèves demeurent dans une agglomération de plus de 10000 habitants. Les collégiens de Saint-Nicolas de Port sont à 76 % issus de communes de 2000 à 10000 habitants, tandis que les élèves meusiens habitent tous dans des petites communes de moins de 2000 habitants. Ces résultats confirment donc la pertinence du choix initial de ces collèges pour obtenir des populations différentes urbaines, suburbaines et rurales.

Tabagisme de l'entourage et autorisation de fumer

Tabagisme parental
Un adolescent sur quatre vit avec deux parents fumeurs et cinquante huit pour-cent des collégiens ont au moins un parent fumeur (figure 4). La fréquence du tabagisme parental ne varie pas selon le collège (p = 0,39), selon la taille de la commune de résidence (p = 0,06) ou le niveau scolaire (p = 0,76).

Tabagisme du meilleur ami
Le meilleur ami est déclaré fumeur par 27,7 % des élèves. Cette proportion est plus élevée dans les collèges de Damvillers et Vaubécourt (p < 10-3). Elle augmente lorsque au moins un des deux parents est fumeur (p < 10-3) et avec l'âge et le niveau scolaire (p < 10-6) : 12 % en sixième contre 42 % en troisième. Le tabagisme du meilleur ami ou de la meilleure amie est aussi plus important chez les filles (p = 0,025).

Au total, 65 % des adolescents des collèges comptent au moins un fumeur dans leur entourage proche (père, mère ou meilleur(e) ami(e)).

Autorisation de fumer
Les élèves déclarant avoir l'autorisation de fumer représentent 6,9 % du total des collégiens interrogés. Cette proportion augmente avec l'âge (p < 10-8) et le niveau scolaire (p < 10-5). Elle est de 2,4 % en sixième et elle atteint 12,3 % en troisième (figure 5).

L'autorisation de fumer est donnée de manière équivalente aux garçons et aux filles (p = 0,71). Elle est plus souvent donnée lorsque le père (p = 0,005) ou la mère (p = 0,01) sont fumeurs.
Aucune variation n'est détectée à ce sujet entre les collèges (p = 0,94) et selon la taille de la commune d'habitation (p = 0,69).

L'essai du tabac

Vingt quatre pour-cent des collégiens ont déjà fumé au moins une cigarette en sixième. Comme le montre la figure 5, cette fréquence varie avec le niveau scolaire puisqu'elle représente 42 % des cinquièmes, 56 % des quatrièmes et 65,9 % des troisièmes (p < 10-10). La proportion d'élèves ayant essayé le tabac s'accroît donc d'au moins 270 % durant le passage en collège.
L'expérience du tabac a été tentée aussi souvent par les garçons que les filles (p = 0,58). Elle est plus fréquente dans les collèges ruraux et survient d'autant plus souvent qu'un fumeur est présent dans l'entourage, avec par ordre décroissant de significativité, le meilleur ami (p < 10-10), la mère (p = 0,004) et le père (p = 0,006). Les collégiens déclarant avoir l'autorisation de fumer ont plus souvent essayé la cigarette que les autres (p < 10-8).
L'âge moyen de la première cigarette est de 11,4 ans (s = 1,8). Aucune différence significative n'est observée entre les quatre collèges à ce sujet. Le sexe, l'autorisation de fumer, la taille de la commune d'habitation et le tabagisme de l'entourage ne modifient pas ce paramètre.

Le tabagisme des collégiens
Dix-sept pour-cent de l'ensemble des collégiens interrogés fument, dont 51,7 % quotidiennement. La proportion de fumeur est plus importante chez les filles (19 %) que chez les garçons (14,6 %) (p = 0,04).

La fréquence du tabagisme varie selon les collèges (p=0,03). Ce sont les collèges ruraux qui ont une part de fumeurs plus importante. A Vaubécourt, collège où les jeunes se déclarent le plus souvent fumeurs, elle atteint 23,2 % du nombre total d'élèves interrogés. Les collégiens demeurant dans une commune de moins de 2000 habitants sont deux fois plus souvent fumeurs que ceux résidant dans une agglomération de plus de 50000.

Le tabagisme de l'entourage présente un lien avec celui des collégiens, les adolescents étant plus souvent fumeurs lorsque le père (p=0,04), la mère (p=0,003) ou le meilleur ami (p < 10-10) sont fumeurs. De même, les jeunes déclarant avoir l'autorisation de fumer sont plus souvent fumeurs (p < 10-10).
La classe d'âge et un niveau scolaire plus avancé constituent également des paramètres positivement corrélés à la fréquence du tabagisme (p < 10-10) (tableau 1 et figure 7). En sixième, aucun adolescent ne se déclare fumeur régulier (au moins une cigarette par jour), alors que 16,2 % d'entre eux le sont en troisième.

 

Tableau 1 : Fréquence du tabagisme en pourcentage selon la classe d'âge et le niveau scolaire (n=207)

 
Classe d'âge (en années)
 
Niveau scolaire
10-11
12-13
14-15
16-17
Total
Sixième
3,8
4,9
-
-
4,2
Cinquième
0,0
11,2
22,2
-
11,7
Quatrième
-
15,1
41,2
-
27,1
Troisième
-
20,0
27,1
57,1
29,2
Total
3,8
11,1
30,7
57,1
17,0

 

Les motivations du tabagisme chez les collégiens.

Motif et occasion d'essai de la première cigarette
La première cigarette est fumée avant tout par curiosité, pour essayer (71 % des répondants). Les autres motivations sont par ordre décroissant d'importance : une incitation par un tiers (11 %), des problèmes personnels ou familiaux (7 %), la volonté de faire comme les autres (6 %), l'ennui (3 %). Enfin, certains collégiens (2 %) déclarent avoir essayé le tabac car ils ont été tentés par des cigarettes " abandonnées ". Parmi les personnes annoncées comme ayant incité à la première cigarette, les copains et copines sont en cause cinq fois sur dix, les frères et sœurs trois fois sur dix et les parents deux fois sur dix.
C'est surtout lors de fêtes (boums, anniversaires, fêtes familiales) que la première expérience du tabac est tentée (49 %), puis lors de séjours hors du domicile familial (19 %) comme les vacances, les séjours chez des membres de la famille, les voyages. Les sorties le soir représentent 7 % des circonstances décrites et les situations scolaires ou périscolaires (trajet, entrée ou sortie du collège) environ 5 %.
Certains jeunes ont rapporté avec qui ils se trouvaient lors de cette première expérience. Plus de huit fois sur dix il s'agissait d'amis, deux fois sur dix de membres de la famille. Dans ce cas, huit fois sur dix il s'agissait de frères, sœurs, cousins ou cousines.

Motif du choix effectué concernant la pratique ou non du tabagisme
Les motifs les plus fréquemment invoqués par les collégiens fumeurs, et notamment par ceux qui fument au moins une cigarette par jour, sont le caractère apaisant de la cigarette et le plaisir de fumer (figure 8).

 

Trois jeunes non-fumeurs sur quatre avancent le risque pour la santé comme premier argument de leur motivation à ne pas fumer et près de deux sur trois l'absence d'envie de fumer (figure 9). Dans ce cas, les jeunes précisent que la cigarette ne leur procure aucune sensation particulière ou qu'ils n'y trouvent pas d'intérêt. Parmi les raisons plus marginales invoquées, on trouve : la pratique du sport (2 %), l'existence chez l'adolescent d'une maladie asthmatique (1 %), l'observation d'un effet nocif du tabac chez un membre de la famille (0,6 %), la volonté de ne pas gêner les autres (0,3 %). Il faut noter que près de 4 % des jeunes non-fumeurs se déclarent gênés d'être non-fumeurs par rapport aux autres.


Les deux tiers des jeunes non-fumeurs déclarent être gênés par la fumée des autres, et ceci même si au moins un des deux parents est fumeur. Si leur meilleur(e) ami(e) est fumeur, seulement 46 % des jeunes se déclarent gênés par la fumée (p <10-7).


Arrêt du tabagisme
Un collégien fumeur sur deux déclare avoir envie d'arrêter de fumer, mais cette proportion diffère selon la régularité du tabagisme (p = 0,01) : 59 % chez les fumeurs occasionnels (moins de 1 cigarette par jour), 41 % chez ceux qui fument déjà au moins une cigarette par jour.
Les deux tiers des élèves fumeurs déclarent avoir déjà essayé d'arrêter de fumer.
Cette proportion ne varie pas selon la régularité du tabagisme actuel (p = 0,6). Elle est plus élevée chez les filles (p = 0,05) et chez les jeunes dont le ou la meilleur(e) ami(e) est fumeur (p < 10-3).
La motivation des jeunes fumeurs ayant essayé d'arrêter de fumer réside avant tout dans le caractère dangereux de la cigarette pour la santé et dans le coût du tabagisme (figure 10). Pour les 67 collégiens qui n'ont pas essayé d'arrêter de fumer (32 % du nombre total des fumeurs), c'est avant tout parce qu'ils n'en avaient pas envie (48 %), parce que l'arrêt leur semble trop difficile (19%) ou parce qu'ils ne perçoivent pas le risque à court terme (16 %).

Les moyens de prévention du tabagisme vus par les collégiens

Connaissance des campagnes de prévention et sentiment sur leur efficacité
La majorité des collégiens déclare avoir déjà eu connaissance de campagnes de prévention contre le tabac (59 %) mais un tiers seulement les juge efficace. La connaissance des campagnes n'est pas significativement différente entre fumeurs et non-fumeurs (p = 0,06), entre ceux ayant déjà essayé le tabac et les autres (p = 0,09) et elle ne varie pas selon l'âge. Elle augmente cependant avec le niveau scolaire (p = 10-3) et est plus faible pour les élèves des collèges ruraux (p = 10-4).
Pour les jeunes fumeurs, on ne met pas en évidence de lien entre le fait de déclarer avoir eu connaissance de campagne de prévention et l'envie d'arrêter de fumer ou l'essai d'arrêt.
Les campagnes sont jugées moins souvent efficaces par les jeunes fumeurs (p = 0,02), par les collégiens de quatrième et troisième (p < 10-9), par les élèves fumeurs n'ayant pas envie d'arrêter (p < 10-2). Au sein de la population étudiée, un tiers des jeunes seulement juge que les campagnes sont efficaces, principalement parce qu'ils ont vu des personnes de leur entourage arrêter de fumer. Les collégiens qui jugent les campagnes inefficaces les trouvent non convaincantes (57 %) ou pas assez voyantes (37 %). Enfin, 28 % des jeunes se considèrent comme non concernés par ces campagnes.
Trois élèves sur quatre se déclarent assez informés sur les risques en rapport avec le tabac et ceci quel que soit le collège, le niveau scolaire, le sexe et le tabagisme actuel.

Avis sur les modalités de sensibilisation
Les jeunes ne se positionnent pas clairement sur la nécessité de faire appel à des jeunes ou à des adultes pour sensibiliser les collégiens. Ils sont en majorité (75 %) très favorables à l'utilisation d'images choquantes plutôt qu'au recours à un ton humoristique (25 %). Beaucoup proposent de faire appel à des personnes victimes du tabac ou à des fumeurs pour parler aux collégiens.
Les supports privilégiés pour cette sensibilisation sont surtout la télévision et les cours. Les brochures et les bandes dessinées apparaissent comme les méthodes les moins pertinentes pour les jeunes interrogés. Parmi les autres propositions avancées figurent notamment les contacts directs avec des personnes malades, le cinéma et les chansons.
En ce qui concerne les moyens et arguments à utiliser pour inciter les jeunes à ne pas fumer, ils sont par ordre décroissant d'intérêt pour les adolescents : la peur de la maladie, l'interdiction de vente au moins de 16 ans, l'augmentation du prix des cigarettes. Quelques propositions concernent l'interdiction totale de la vente du tabac et un renforcement des sanctions parentales.

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DISCUSSION

Sur la méthode
Le caractère captif de la population collégienne a permis d'avoir un taux d'exhaustivité satisfaisant. Il n'a pas été procédé à une contre-enquête chez les élèves absents, mais ceux-ci représentaient un faible pourcentage de l'effectif total. Le choix d'un mode d'enquête transversal a malgré tout induit un certain degré d'imprécision concernant notamment les circonstances d'apparition du tabagisme régulier qui n'ont pu être explorées.
Par ailleurs, on peut craindre que la distribution des questionnaires en fin de cours, sans délai de remplissage bien précisé, ait introduit des inégalités dans les modalités de remplissage selon les classes et donc que tous les avis n'aient pas été collectés dans les mêmes conditions. Enfin, pour certains items le caractère unique ou multiple des réponses à apporter n'avait pas été précisé dans le protocole. L'attitude des élèves a pu être différente dans cette situation et il est donc possible que certains pèsent plus que d'autres dans l'appréciation finale. Nous avons cependant vérifié que la proportion de sujet ayant apporté des réponses multiples sur les items concernés ne variait pas selon l'âge, le sexe, le niveau scolaire, le collège et le tabagisme. Il est donc peu probable que cette erreur biaise les résultats obtenus.

Sur les résultats
Dans la population interrogée, 17 % des collégiens se déclarent fumeurs et parmi ceux-ci, la moitié font une consommation quotidienne de cigarettes. Ces chiffres sont proches des informations fournies par d'autres enquêtes françaises dans des populations équivalentes (1) mais restent inférieurs à ceux observés dans certains pays tels que les USA ou l'Argentine (2). La prépondérance du sexe féminin, le rôle de l'âge, du tabagisme des parents sont eux aussi des facteurs bien connus. Notre étude souligne particulièrement le très fort lien existant entre le tabagisme du meilleur ami et celui des adolescents. Trois hypothèses peuvent être formulées pour expliquer ce lien : les adolescents fumeurs sélectionnent leurs amis plutôt parmi les fumeurs, les fumeurs ne gardent que des amis fumeurs ou le fait d'avoir un ami fumeur incite les jeunes au tabagisme. Notre étude n'a pas recueilli d'informations suffisamment précises sur ce point pour conclure, mais selon toutes vraisemblances, les trois phénomènes doivent intervenir dans cette liaison. Il faut noter par ailleurs que ce lien s'exprime pour le tabagisme actuel mais aussi dans les circonstances d'essai du tabac. En effet, selon les collégiens interrogés dans notre travail, la première cigarette est fumée souvent à l'incitation et en présence de ses amis à l'occasion de fêtes.
Filles et garçons semblent bénéficier des mêmes droits en matière de tabagisme puisque l'autorisation parentale de fumer est déclarée acquise par la même proportion de fille et de garçon. Dans notre étude, l'âge moyen d'essai du tabac est le même pour les deux sexes, ce qui n'était pas le cas dans d'autres travaux rapportés où les garçons faisaient l'expérience du tabac plus tôt (1). Il est à craindre que les filles se soient alignées sur les garçons sur ce point.
L'âge d'essai du tabac paraît indépendant de la plupart des facteurs que nous avons testé. Le tabagisme de l'entourage ou l'autorisation de fumer, qui ont un lien si fort avec la fréquence d'essai ou la fréquence du tabagisme, ne semblent pas déterminer le moment de la première cigarette. On peut imaginer, et ceci semble d'ailleurs confirmé par la partie de l'enquête relative aux motivations du tabagisme, que les jeunes sont avant tout guidés par leur curiosité pour cette première expérience.
La moitié des jeunes fumeurs de la population que nous avons étudiée souhaitent arrêter de fumer. Une autre étude réalisée aux Etats-Unis et rapportée par l'OMS révèle que "les deux tiers des fumeurs adolescents souhaitent arrêter de fumer et, s'ils pouvaient revenir en arrière, 70 % ne recommenceraient pas". Deux collégiens fumeurs sur trois ont déjà essayé d'arrêter de fumer et échoué puisqu'ils sont toujours fumeurs. On peut s'interroger ici sur les conséquences de ces échecs précoces sur le tabagisme ultérieur et sur les moyens disponibles pour accompagner ces jeunes dans leurs tentatives d'arrêt du tabac, à un âge ou les moyens proposés à leurs aînés ne leur sont pas toujours accessibles.
Le résultat le plus inattendu de notre travail réside probablement dans la plus grande fréquence du tabagisme dans les collèges ruraux. Cette observation pourrait bien sûr être liée à un biais de mesure, comme par exemple une plus grande tendance des enfants urbains à cacher leur tabagisme, mais d'autres hypothèses peuvent néanmoins être émises : accès plus libre aux cigarettes, pression de surveillance de l'entourage moins importante, impact plus faible des campagnes de sensibilisation. A cet égard, il est intéressant de constater que les adolescents des collèges ruraux sont moins nombreux à déclarer avoir eu connaissance de campagnes de prévention. Notre travail n'est pas suffisamment précis pour conclure à un lien entre cet éventuel défaut de campagnes d'information et la plus grande fréquence du tabagisme en milieu rural. Cette hypothèse doit cependant être évoquée.
Ces résultats et ceux obtenus aux différents items du questionnaire relatifs aux motivations des jeunes et à leurs avis sur les campagnes de sensibilisation permettent de dégager quelques pistes pour des actions futures.
Tout d'abord, l'augmentation importante de la fréquence du tabagisme durant ces quatre années de collège justifie pleinement des actions préventives tout au long de cette phase de scolarité. Il faut cependant remarquer que le tabagisme existe dès l'entrée au collège et que l'essai du tabac a lieu bien souvent avant celle-ci. Ceci confirme les conclusions de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui affirment que le tabac est aussi une maladie pédiatrique et qu'il convient donc d'agir précocement pour la maîtriser. Il serait donc intéressant de préparer des interventions dans les écoles primaires afin de toucher le plus grand nombre de jeunes avant qu'ils ne deviennent fumeurs réguliers.
Les actions préparées devraient souligner le rôle joué par le tabagisme de l'entourage et particulièrement par celui du meilleur ami. L'attention des parents doit être attirée sur la responsabilité qu'ils prennent en autorisant leurs enfants à fumer précocement ou sur la tentation que représentent pour des jeunes avides d'expériences nouvelles des cigarettes "oubliées". La démarche de sensibilisation entreprise devra aussi comporter des arguments dirigés vers des populations qui semblent particulièrement concernées comme les élèves des collèges ruraux, les filles.
Il est sans doute plus difficile d'intervenir sur l'essai du tabac. Ce paramètre semble indépendant des autres facteurs et principalement lié à la curiosité des adolescents. Ceci est préoccupant pour l'OMS qui rapporte que de 25 à 33 % des jeunes qui font l'expérience de la cigarette deviennent des fumeurs réguliers et pour la moitié d'entre eux, dans l'année qui suivra ce premier essai (2). Ce danger pourrait être évoqué dans des campagnes de sensibilisation.
Les collégiens s'estiment très majoritairement suffisamment informés sur les risques liés au tabac. Et pourtant, les campagnes ne bénéficient pas d'une image très positive dans la population que nous avons étudiée puisqu'elles sont jugées peu convaincantes. En fait, une très large majorité se dégage en faveur de l'utilisation d'images choquantes et du recours à des personnes malades pour convaincre. Ceci est cohérent avec l'observation réalisée concernant les motivations des collégiens non-fumeurs et des fumeurs souhaitant arrêter : la peur de la maladie.

 

CONCLUSION
Afin d'apporter des informations sur le tabagisme des collégiens et des arguments pour la mise en place d'une campagne de sensibilisation, une enquête transversale a été réalisée à l'aide d'un questionnaire auto administré distribué aux élèves de quatre collèges. La fréquence globale du tabagisme chez les collégiens est voisine de 17 %, mais elle varie selon le sexe et le niveau scolaire concerné. Elle est aussi liée au tabagisme de l'entourage et particulièrement à celui du meilleur ami ou de la meilleure amie de l'élève et à l'autorisation qui peut être donnée par les parents. C'est en milieu rural et chez les filles que la proportion d'élèves fumeurs est la plus importante.
Les actions à mener devraient être élargies aux écoles primaires afin de sensibiliser les jeunes avant qu'ils ne commencent à fumer régulièrement. L'argument qui serait le plus efficace selon les jeunes interrogés est la peur des maladies liées au tabac et, pour avoir un impact suffisant, les collégiens sont favorables au recours à des images choquantes ou à des contacts avec des personnes malades.


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1 - Baromètre Santé Jeunes 1994, Editions CFES
2 - OMS, Aide-mémoire N° 197, mai 1998, http://www.who.ch/

 

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