Ressoures régionales

Randonnée naturaliste dans les hautes vosges
(retour APBG Lorraine 1994)

  Auteur
Pierre PORNET 
  Dates
14 juillet 1994


PLAN DU DOCUMENT
En cliquant sur les paragraphes ci-dessous vous pourrez consulter le texte leur correspondant. Cependant les documents graphiques qui leurs sont associés ne figurent que dans le document complet télégargeable.

INTRODUCTION

I/ Caractéristiques du massif du Hohneck
    I.1/ Rappel du circuit 

    I.2/ Présentation du massif
II/ Les groupements végétaux du Hohneck
    II.1/L'étage montagnard
              II.1.1/ L'étage montagnard moyen
              II.1.2/ L'étage montagnard supérieur

    II.2.2/ L'étage subalpin
              II.2.1/ L'étage subalpin inférieur : La hêtraie d'altitude
              II.2.2/ L'étage subalpin supérieur : Les Hautes Chaumes

    Discussion 

III/ Les Tourbières des Vosges moyennes 
    III.1/ Les différents types de tourbières

    III.2/ Description des tourbières visitées
          III.2.1. La tourbière du Lispach
                   a) Le cadre géomorphologique:
                   b) Description botanique

          III.2.2. La tourbière du Frankenthal
                   a) Le cadre géomorphologique
                   b) Description botanique

          III.2.3/ Evolution des tourbières vosgiennes

IV/ Les animaux du massif du Hohneck
    IV.1/ Le Chamois (Rupicapra rupicapra) 

    IV.2/ Le Lynx (Felix lynx)

    IV.3/ Le Faucon pélerin (Falcon peregrinus)

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE




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Introduction

Cette plaquette illustre la randonnée naturaliste organisée par l'APBG dans le massif du Hohneck les 13 et 14 juillet 1994. Le but de cette sortie est de découvrir une des plus belles régions des Vosges par le biais de la randonnée pédestre qui offre l'avantage d' appréhender directement les caractéristiques du milieu.
Cette présentation doit beaucoup aux travaux de Carbiener (1963) et de Ochsenbein (1972) pour la partie biologie végétale ; et aux ouvrages de Lefranc (1979, 1980, 1985) pour la partie biologie animale. L'auteur a cherché à résumer l'essentiel des données sans pour autant affadir la biodiversité. Le lecteur pourra compléter avec profit cette première approche avec la plaquette "Paysages des Hautes-Vosges cristallines" éditée par l'ENGREF. Merci à Mr DEXHEIMER, professeur de biologie végétale à la faculté des Sciences de Nancy, d'avoir bien voulu accompagner cette sortie et la commenter sur le terrain.
 

I/ Caractéristiques du massif du Hohneck


I.1/ Rappel du circuit

  • Mercredi 13: Arrivée par le défilé de Straiture. Lacs de Longemer et Retournemer. Tourbière du Lispach. Jardin d'altitude du Chitelet. Repas et nuit au chalet des Amis de la Nature du col de la Schluchlt. Observation des Chamois sur les Chaumes. Initiation à l'astronomie du ciel d'été.
  • Jeudi 14: Randonnée pédestre par le Sentier des Roches. Découverte de la tourbière du Frankenthal. Repas tiré du sac. Montée au col du Falimont. Le sommet du Hohneck. La ligne de crête par le GR5. Analyse des Hautes Chaumes. Repas Marcaire à la ferme auberge de Firtmiss. Retour sur Metz


Situation géographique du massif du Hohneck © Michelin d’après carte 242/12ème édition 1993 Autorisation 93.946
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I.2/ Présentation du massif

       Les Hautes Vosges forment l'axe le plus ancien et le plus élevé de la chaîne des Vosges. Les ballons sont les restes de la pénéplaine hercynienne érodée, basculée et relevée au tertiaire. Avec 1361 m d'altitude, le Hohneck est le deuxième sommet des Vosges après le Grand Ballon (1425m). Il se situe à la limite administrative entre Lorraine et Alsace sur l'ancienne frontière allemande marquée par des bornes en pierre encore visibles actuellement.
       La dissymétrie des versants caractérise le paysage. Le versant lorrain occidental est plus étendu que le versant alsacien plus abrupt. Cette dissymétrie topographique d'origine tectonique résulte de la création du fossé d'effondrement rhénan. Cette dissymétrie se retrouve au niveau climatique. Le côté lorrain est plus frais et humide que le côté alsacien plus chaud et sec. La pluviométrie confirme ces propos: 1780 mm d'eau/an à Gérardmer, 2000 mm au Hohneck et 1260 mm à Sainte Marie aux Mines. Le massif du Hohneck domine la crête des Vosges centrales orientée NE-SW faisant obstacle aux intempéries atlantiques qui traversent la France. Il est  balayé par de forts vents d'ouest et les arbres témoignent de ces conditions particulières par leur port en drapeau. Les nuages viennent buter contre cette barrière, l'enveloppant souvent de brumes et de brouillards. Ces précipitations occultes permettent le développement de nombreux lichens qui, comme les Usnées, pendent aux branches des arbres. Le climat de la crête centrale des Vosges comporte des analogies avec le climat de l'Islande du sud ou celui des côtes septentrionales de la Norvège: forte pluviosité , jusqu'à 2000 mm, répartie sur toute l'année; humidité atmosphérique élevée, été frais et hiver pas trop froid mais long. La température moyenne de la crête est de 4°C avec –4°C pour le mois de janvier le plus froid et 11°C en juillet pour le mois le plus chaud. Au Lac Noir, les relevés donnent une température moyenne de 6,5°C et 127 jours de gelée par an.
       Le substrat géologique est un granite calco-alcalin mais la végétation  ne repose pas souvent directement dessus. Les sols sont issus des produits d'altération tertiaires et quaternaires. La subsistance du manteau arénacé  sur le haut de la crête laisse à penser que les sommets étaient dépourvus de calotte glaciaire culminante du type scandinave actuelle. Les appareils glaciaires Wurmiens des Vosges étaient représentés uniquement par des glaciers de cirque et de vallée d'ailleurs plus développés du côté vosgien qu'alsacien. La vallée des lacs de Retournemer, Longemer et Gérardmer en est un bel exemple.


Coupe topographique  de la vallée des Lacs illustrant un relief d’origine glaciaire


       Des phénomènes complexes de solifluxion et de cryoturbation ont contribué à la régulation des pentes et ont conditionné en partie l'installation du couvert végétal.
       Le massif offre au randonneur la possibilité d'illustrer l'étagement de la végétation des Vosges centrales. On observera une variation nette des types de forêts avec l'altitude permettant de distinguer plusieurs étages de végétation. Par définition,  l'étage montagnard inférieur qui débute à la limite altidunale inférieure du Prénanthe pourpré (Preanthus purpurea), soit 350 à 400 m, n'entre pas directement dans le cadre de la sortie.



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II/ Les groupements végétaux du Hohneck

II.1/L'étage montagnard

              II.1.1/ L'étage montagnard moyen

              II.1.2/ L'étage montagnard supérieur

II.2.2/ L'étage subalpin 

              II.2.1/ L'étage subalpin inférieur : La hêtraie d'altitude 


              II.2.2/ L'étage subalpin supérieur : Les Hautes Chaumes


             Discussion 


Etagement de la végétation sur le versant ouest du massif vosgien. D’après S. Muller


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II.1/L'étage montagnard

II.1.1/ L'étage montagnard moyen
Avec l'apparition du sapin vers 450 - 500 m sur le versant lorrain contre 800 - 900 m sur le versant alsacien plus sec, nous pénétrons dans l'étage montagnard moyen qui est bien individualisé par une belle hêtraie sapinière. Le Hêtre et le Sapin sont des arbres de climat subocéanique tempéré qui redoutent les froids intenses hivernaux et les sècheresses estivales. Parmi les nombreux faciès de la hêtraie-sapinière, citons deux faciès à déterminisme édaphique:
- Un faciès d'acidité moyenne à Luzule blanchâtre (Luzula albida) et Canche flexueuse (Deschampsia flexuosa) avec humus de type mull moder.
- Un faciès neutrophile à Reine des bois (Asperula odorata) et Fétuque des bois (Festuca silvatica) sur mull mésotrophe. Dans ce cas le tapis de Fétuque semble d'ailleurs gèner la croissance des semis du sapin pectiné.

Dans cet étage apparaissent plusieurs plantes qui manquaient à l'étage montagnard inférieur comme l'Aspidium lobé (Aspidium lobatum), le Gaillet à feuilles rondes (Galium rotundifolium) et la Stéllaire des bois (Stellaria nemorum). Un certain nombre d'espèces, présentes dans l'étage montagnard inférieur, sont ici beaucoup plus abondantes. On peut signaler Sambucus racemosa, Sorbus aucuparia, Digitalis purpurea et Senecio fuschii.

II.1.2/ L'étage montagnard supérieur
Il commence vers 850m, parfois plus bas dans les vallons froids et humides. Floristiquement, cet étage se caractérise par la présence des plantes suivantes: le Sceau de Salomon verticillé (Polygonatum verticillatum), la Renoncule à feuilles d'Aconit (Ranunculus aconitifolius), le Géranium des bois (Geranium silvaticum), la Barbe de bouc (Aruncus dioicus), l'Aconit napel (Aconitum napellus), le Chèvrefeuille noir (Lonicera nigra) , le Groseillier des rochers (Ribes petraeum) et le Rosier des Alpes (Rosa alpina).
La hêtraie sapinière à Epicéa constitue le climax de cet étage montagnard supérieur. La présence de l'Epicéa (Picea exelcia) a l'état spontané s'expliquerait par sa dispersion à partir de stations tourbeuses où il s'était installer par manque de compétition alors que le reste du paysage exprimait toujours le hêtre et le Sapin. Les pessières naturelles sont bien plus abondantes en Fôret Noire, massif au climat plus continental et qui a été re colonisé par l'Epicéa dès le début du post glaciaire puisque les autres arbres avaient été aussi repoussés par les glaciations sommitales.

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II.2/ L'étage subalpin
Quelques auteurs réduisent l'étage subalpin aux landes à éricacées sommitales. D'autres, plus nombreux, placent aussi la hêtraie d'altitude à Erables dans cet étage, d'autant plus que cette formation contient déjà des espèces subalpines.

II.2.1/ L'étage subalpin inférieur : La hêtraie d'altitude
A partir de 850-900m, on assiste à la régression puis à la disparition du Sapin. La hêtraie-sapinière devient une hêtraie presque pure sans conifères. Le hêtre est alors accompagné de l'Erable sycomore (Acer pseudoplatanus), de l'Erable plane (Acer platanoãdes), de l'Alisier blanc (Sorbus aria) et surtout du Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia). La vigueur des hêtres diminue avec l'altitude: la futaie régulière de 20-25 m de haut passe insensiblement à un taillis buissonnant aux branches tortueuses. Cette succession altidunale  d'un étage de feuillus à un étage de conifères peut paraître paradoxale au naturaliste habitué à la végétation alpine. En fait, ce phénomène est  l'expression du climat très particulier de la crête du massif vosgien à cet étage. Dénudé de ses feuilles en hiver, le hêtre est plus résistant aux tempàtes et aux surcharges neigeuses que le Sapin.
La strate herbacée contient un certain nombre d'espèces qui confèrent à ces hêtraies une originalité exceptionnelle par rapport aux autres hêtraies de montagnes avec la présence de l'Oseille à feuille d'arum (Rumex arifolius), du Laiteron des Alpes (Cicerbita alpina), de la Fougère alpestre (Athyrium alpestre), de la Fougère de Linné (Dryopteris linneana). Remarquons encore la présence significative de l'Adénostyle (Adenostyles alliariae) et de la Renouée bistorte (Polygonum bistorta). On retrouve aussi le cortège d'espèces plus classiques déja décrites précédemment à l'étage montagnard.

II.2.2/ L'étage subalpin supérieur : Les Hautes Chaumes
Du Reisberg au nord au Grand Ballon au sud, la crête vosgienne est occupée sur plus de 30 km par une lande à éricacées. La hêtraie de protection se disloque vers 1200m en une  formation en mosaïque qui fait place sur le sommet à une lande basse principalement formée par les trois airelles; la Myrtille commune (Vaccinium myrtillus), la Myrtille des marais (Vaccinium uliginosum) et l'Airelle rouge (Vaccinium vitis idea); ainsi que le Genàt poilu (Genista pilosa) et la Callune (Calluna vulgaris). Le caractère nordique est renforcé par la présence de la Camarine (Empetrum nigrum). La lande, par endroits, prend l'aspect de pelouse quand la présence des graminées se renforce avec la présence du Nard raide (Nardus stricta), de la Fétuque rouge (Festuca rubra), de la Canche flexueuse (Deschampsia flexuosa) et de l'Agrostis vulgaire (Agrostis alpina)
Mais les hautes chaumes sont surtout caractérisées par la présence d'espèces alpino-pyrénéennes comme la Gentiane jaune (Gentiana lutea), la Pensée des Vosges (Viola lutea), le Liondent des Pyrénées (Leontodon pyrenaãcus), l'Orchis blanchâtre (Leuchorchis albida), l'Angélique des Pyrénées (Selinum pyrenaãcum), le Tabac des Vosges (Arnica montana) et l'Euphraise versicolore (Euphrasia albida). Terminons par la plus célèbre, à savoir l'Anémone des Alpes (Pulsatilla alpina) qui donne un merveilleux éclat vernal à cette pelouse avec l'Anémone des bois (Anemone nemorosa). L'analyse de Ochsenbein démontre que la majorité des variétés arcto-alpines du massif  ne sont pas issues directement des Alpes car elles sont absentes du massif de forêt Noire. La flore du Hohneck est nettement  marquée par des influences floristiques du sud ouest avec une liaison significative avec le Massif central, le Forez et les Pyrénées.

 Discussion
 Comment expliquer que certaines portions de crête, pas forcément les plus élevées, semblent avoir toujours été dénudées de formation forestière alors que des sommets comme le Klintzkopf ou le Storkenkopf sont couverts de hêtres et que ceux ci atteignent presque 1400m au Grand Ballon? Cette question pose le problème de la limite altidunale de la forêt et donc celui de l'origine primaire ou secondaire des hautes chaumes.  Pour résumer la situation, la pelouse d'origine climacique primaire serait caractérisée par la présence de rankers cryptopodzoliques alors que la lande d'origine secondaire résultant de la dégradation de la forêt se trouverait sur un sol brun ocreux humifère. Le lecteur se reportera avec bonheur à la plaquette de l'ENGREF où les arguments climatiques, pédologiques, physiologiques, palynologiques sont discutés ainsi que le rôle de l'intervention humaine. Pour alimenter le débat reprenons quelques remarques d'ordre écologique présentées par Carbiener: la solution à la question posée est à rechercher dans l'effet de crête. Si on se réfère au massif montagneux le plus proche, la forêt Noire, c'est l'exiguïté de la crête vosgienne qui, alliée à la situation géographique en poste avancé, conditionne le particularisme du massif du Hohneck. Les tempêtes d'ouest atteignent sur la crête leur vitesse maximum avec comme conséquences écologiques une couverture neigeuse constamment balayée et donc peu protectrice, des cycles de gel-dégel fréquents ainsi que l'effet abrasif des cristaux de glace transportés par le vent en période de brouillards hivernaux. L'effet de crête est maximum quand celle ci est perpendiculaire aux vents dominants ce qui est le cas du  Gazon du Faing- Tanneck au nord de la Schlucht et Hohneck- Kastelberg-Rothenbach au Sud (de plus la vallée de Gérardmer, Longemer et Retournemer renforce cet effet car les vents y convergent.) Au delà, à partir  du Batteriekopf l'altitude de la crête s'abaisse puis son orientation change progressivement pour devenir Ouest-Est au niveau du Storkenkopf- Grand Ballon, c'est à dire parallèle au vent. C'est là que réside l'explication des sommets boisés que nous rencontrons dans cette région surtout lorsqu'ils se trouvent, comme dans le cas du Klintzkopf, en retrait de la crête principale. Aussi Carbiener admet-il que les sommets du Gazon de Faing- Hohneck - Rothenbach ont toujours été dénudés et constituaient des refuges post glaciaires des espèces arcto-alpines (avec  les pentes supérieures des flancs de cirque) .



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III/ Les Tourbières des Vosges moyennes

III.1/ Les différents types de tourbières
       Les tourbières sont nombreuses dans les Vosges où  elles sont  désignées dans la toponymie locale par les noms de "faing" ou de "faigne". Il faut en distinguer deux types.
- Les tourbières en creux occupant des cirques d'origine glacière ou des lacs morainiques et qui sont placées en général dans l'étage montagnard.
- Les tourbières de pente dites soligènes. Celles ci sont des tourbières de crète comme au Tanet (1292 m) et au Gazon du Faing (1303 m) situées sur les hautes-chaumes au nord du col de la Schuchlt. Elles ont donné lieux à la création d'une réserve naturelle gérée par le Conservatoire des Sites Lorrains. La tourbière observable au jardin botanique du Chitelet est de ce type ainsi  que le Gazon Martin, le Pourri-Faing, la Tàte des Cerfs. Les sources donnent naissance à un marécage par engorgement du sol. Ces conditions sont favorables au développement de petites tourbières à flore acidophile. Elles se distinguent par la présence d'espèces subarctico- alpines telles que le Souchet gazonnant (Scirpus caespitosus) et surtout la Camarine (Empetrum nigrum). Quand les végétaux se situent au dessus du niveau  de la nappe phréatique, l'influence de l'eau du sol diminue alors au profit d'une alimentation directe par les précipitations: ce type oligotrophe est appelé tourbière ombro-soligène. Pour plus de précisions se reporter à la plaquette accompagnant la sortie "Paysages des Hautes Vosges cristallines" éditée par l'ENGREF.
 

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III.2/ Description des tourbières visitées

III.2.1. La tourbière du Lispach
a) Le cadre géomorphologique:
       A 905m d'altitude, située sur la commune de la Bresse, elle occupe un bassin glacière au sud du col de la Basse Mine. Initialement, c'était un lac de moraine de 3 ha environ qui a été porté à 8 ha par un barrage régulateur des eaux de la vallée de Chajoux construit en 1914. Sa prospection a pu être faite le 25 aôut 1943 car il se trouvait à sec. Le fond est en grande partie tourbeux. Sur un tiers de sa surface flottent de grands îlots de tourbe très moussue. Au sud, près du barrage, la tourbe plus compacte, n'excède pas 3m.

b) Description botanique

Zonation des groupements végétaux dans une tourbière des Vosges comme au Lipach. D’après S.Muller

       En bordure de l'eau libre se trouve une frange pionnière à grands Carex (Carex rostrata) associés au Trèfle d'eau (Menyanthes trifoliata) et au Comaret (Comarum palustre). Sur la tourbière flottante faite d'un tapis de Sphaignes (sphagnum sp) installées dans l'enchevètrement des tiges et rhizomes des plantes pionnières, les  congressistes pourront observer la Canneberge (Oxycoccos quadripetala), l'Andromède (Andromeda polifolia) et la Droséra à feuilles rondes (Drosera rotundifolia). Le Lispach est la seule tourbière des Vosges où l'on rencontre aussi Drosera longifolia et Drosera obovata qui est l'hybride des deux autres espèces. Entre les bombements de sphaignes ou " bûlten", dans les dépressions plus ou moins inondées appelés "schlencken", on découvrira quelques stations de Lycopodium inundatum très rare dans les Vosges. De plus, la Rhyncospore blanche (Rhynchospora alba) atteint ici sa limite altidunale supérieure dans le massif. C'est dire l'intérêt de la conservation de cette tourbière malheureusement dénaturée par un aménagement piscicole il y a quelques années et plus récemment par la création d'une piste de ski de fond  ... Sur les bordures, l'accumulation de la tourbe des sphaignes arrive à s'appuyer sur le fond rocheux ce qui, en provoquant l'exhaussement de la tourbière, entraîne son assèchement progressif. Le groupement à sphaignes cède alors le pas à une nouvelle association caractérisée par la Linaigrette vaginée (Eriophorium vaginatum), la Callune (Calluna vulgaris), la Laîche pauciflore (Carex pauciflora). Cette partie bombée ou tourbière haute peut être colonisée par la Myrtille vraie (Vaccinium myrtillus) et la Myrtille des marais (Vaccinium uliginosum).

III.2.2. La tourbière du Frankenthal
a) Le cadre géomorphologique
       Ce petit étang est placé à 1050m d'altitude dans un des plus beaux sites des Vosges sur le versant nord du Hohneck. Il éclaire de son écrin le fond d'un cirque glaciaire aux parois abruptes sur la marge du fossé d'effondrement alsacien. Ce cirque est encadré au nord par la chaume des Trois Fours et par les rochers de Martinswand, à l'ouest par le col du Falimont et au sud par les contreforts du Petit Hohneck. Il faut avoir vu, balayées par les vents,  les corniches de neige  surplombant la lèvre de la crête jusqu'en mai pour comprendre les conditions particulières qui caractérisent cet endroit. Un lac s'est formé devant la moraine frontale située à la hauteur du chemin passant à la ferme auberge du Frankenthal. L'alimentation en eau se fait principalement par la fonte des neiges sur ces fortes pentes qui offrent 300 m de dénivellé. Ce lac a été comblé peu à peu au cours des temps post-glaciaires par l'activité d'une tourbière qui, d'une surface initiale de plus d'un hectare, l'a réduit aux quelques mètres carrés d'eau libre que l'on observe actuellement. La tourbière est partagée en deux secteurs inégaux qui ont atteint des stades d'évolution différents et qui occupent deux dépressions séparées par une moraine de retrait transversale.

b) Description botanique

Tourbière du Franckenthal, modifié d’après Issler

       Adossé à la pente, le bassin occidental, le plus petit, est à un stade  moins avancé avec sa mare d'eau libre résiduelle. Les avalanches, dont les couloirs convergent à cet endroit, labourent parfois les bords de l'étang et en rajeunissent l'aspect. Les groupements pionniers de la tourbière flottante sont caractéristiques  du "bas marais". La première ceinture de végétation  comporte, comme au Lispach, Carex rostrata accompagné de Menyanthes trifoliata et Comarum palustre avec beaucoup plus d'Equisetum limosum et localement Eriophylum gracile. Ces espèces participent à l'édification d'un lacis de rhizomes et de racines qui sert d'armature à la tourbière flottante. Citons quelques plantes rares: Agrostis alba, Galium palustre, Veronica scutella. Cette haute cariçaie entoure la mare sauf sur la rive orientale où l'association qui  lui succède, le Caricetum fuscae, apparaît immédiatement. C'est un groupement présentant un tapis de sphaignes à petits carex (Carex fusca, C. canescens, C. stellulata) et Juncus filiformis.
       Le reste de la tourbière, le bassin oriental, est entièrement comblé par 6 m de tourbe et présente le cortège floristique du "haut marais" bombé. La prédominance des carex est abandonnée au profit des sphaignes comme Sphagnum medium, S. cymbifolium, S. rubellum et S. acutifolium. Les espèces de la basse tourbière sont peu à peu remplacées par un cortège de plantes sphagnophiles: Drosera rotundifolia, Oxycoccos quadripetala, Polytricum strictum, Potentilla tormentilla, Selinum pyrenaeum. On trouve aussi dans quelques creux inondés Scheuchzeria palustris. A noter l'absence d'Andromeda  polifolia. Cette association appelée le Sphagnetum medii, accumule de la tourbe et s'exhausse progressivement en s'assèchant. Le stade final à Calluna et Polytrichum commune voit les Hypnacées des landes dominer les Sphaignes.

III.2.3/ Evolution des tourbières vosgiennes
       Les tourbières prennent souvent naissance à partir de lacs d'origine glaciaire. Leur évolution étant très lente, vous pourrez découvrir des tourbières à différents stades d'évolution au cours de vos randonnées.
       Les lacs de Gérardmer, Longemer et surtout Retournemer représenteraient le stade initial. Le lac de Retournemer est un joli étang  circulaire installé dans un bassin de surcreusement fermé par un verrou d'où s'échappe la Vologne. Il faut signaler la présence rare de Calla palustris et d'espèces aquatiques telles Isoetes sp. et Littorella lacustris. En fond d'étang et sur les marges se développent quelques îlots tourbeux à sphaignes avec Comarum palustre et Menyanthes trifoliata. Nous sommes ici au stade initial Caricetum rostrata.
       Les lacs du Lispach et de Blanchemer, les étangs du Machais et du Frankenthal illustrent un stade de tourbière plus évolué. L'alliance du Caricetum fuscae est bien representée sur les radeaux flottants. Vers les bords se développent les plantes qui, bien qu'hygrophiles, ne supportent guère l'inondation: Ce sont l'Oxycoccos, l'Andromède, les Droséras, la Linaigrette qui caractérisent l'alliance du Sphagnetum medii. Avec le temps, la croissance apicale des Sphaignes va bomber la surface et le cortège floristique va évoluer vers le Sphagnetum medii callunetosum avec l'apparition de la Callune et des grandes Hypnacées.
La tourbière du Beillard représente le stade ultime. La végétation a comblé entièrement l'étang , il n'y a plus d'eau libre. Ce stade final est colonisé par les Epicéas et les Bouleaux (Betula pubescens var. carpatica). Le Beillard se singularise par la présence d'une des deux stations des Vosges  de Pins à crochets (Pinus uncinata) vieux de plus de 240 ans.

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IV/ Les animaux du massif du Hohneck

IV.1/ Le Chamois (Rupicapra rupicapra)
       Les chamois sont des ruminants de la famille des bovidés. Ils portent des cornes qu'ils gardent et non pas des bois qui tombent comme chez les Cervidés. Originaires d'Asie, ils peuplaient les plaines d'Europe il y a 100 000 ans puis sous la pression de l'Homme l'espèce se réfugia en montagne. Présent sous deux sous-espèces en France dans les Alpes et les Pyrénées, il a été introduit dans les Vosges en 1956 quand 11 individus originaires de forêt Noire ( où l'espèce avait été réintroduite en 1932) furent lachés près du Markstein. Entre 1956 et 1979, 5 autres individus provenant de la réserve des Bauges en Haute Savoie, s'ajoutèrent au cheptel local qui évoluait dans un milieu favorable: absence de prédateurs et surtout conditions bien plus clémentes que dans les Alpes où la mortalité hivernale peut être forte. L'augmentation de la population fut impressionnante (25% par an) pour ne pas dire exponentielle, passant de 11 animaux en 1956 à 700 en 1975 et à 1000 en 1978. Lors d'un recensement en novembre 1977, la densité était de 0,5 tête pour 100 ha près du Ventron alors qu'au Grand Ballon elle atteignait 13,2 individus sur le versant alsacien. La mise en place d'un plan de chasse, réclamé par les forestiers qui se plaignaient des dégâts, permet de limiter la densité. En été, les hardes se trouvent au  dessus de 800 m. En hiver, les animaux  redescendent jusqu'à 500 m. Plus de 12000 ha ont été progressivement colonisés, principalement les massifs du Grand Ballon et celui du Hohneck. Les chamois du Hohneck , une cinquantaine, se localisent sur les versants boisés sous la chaume des Trois Fours, sur les sentes rocheuses du Franckentahl et des Spitzkoepfe. On peut les observer à la tombée de la nuit , à la limite de la hêtraie d'altitude, quand ils viennent brouter sur les chaumes. Sur le terrain, la reconnaissance des sexes n'est possible qu'à partir de 2 ans et présente quelques difficultés.


Détermination du sexe et de l’âge du Chamois.

       Le bouc a  une allure ramassée, le cou large et trapu, la tête courte. La chèvre est plus fine, au cou long et étroit avec une tête plus allongée. De près, on remarquera les cornes épaisses du mâle et surtout la fermeture marquée des crochets contrairement aux cornes fines et ouvertes de la femelle. Citons quelques caractéristiques de la reproduction: le mâle est polygame, le rut dure 4 semaines aux mois de novembre-décembre, la gestation est de 23 semaines, la mère porte un seul chevreau, les naissances s'échelonnent en mai- juin, l'allaitement reste actif pendant 2 à 3 mois, la  maturité sexuelle est atteinte à 1 an et demi pour les deux sexes mais les jeunes ne participent à la reproduction qu'à partir de la 4e année. Le cheptel est plus important sur le versant alsacien que sur le versant lorrain où de petits groupes se sont installés vers le Rudlin, le Valtin, dans le massif de Fachepremont, dans le cirque de Retournemer et dans les défilés du Kertoff et de Straiture.



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IV.2/ Le Lynx (Felix lynx)
       Le Lynx habitait autrefois toute la France sauf le nord. Dès le 17ème siècle il est localisé dans les montagnes d'où il finit par disparaître si on excepte la population pyrénéenne. A titre d'information retenons quelques dates: En Alsace, dernier animal tué en 1640 près de Mulhouse; dans le Jura dernier tiré près de Salins en 1885. Dans les Alpes, il aurait survécu jusqu'en 1945 bien que le dernier spécimen fut abattu en 1889. L'espèce a disparu à cause de la régression de la surface boisée, de la diminution des proies et surtout d'une chasse acharnée. Aujourd'hui ce superbe animal est de retour. Les individus signalés dans le Jura et les Alpes proviennent certainement de Suisse où des réintroductions ont lieu depuis 1970. Dans les Vosges le premier lâcher eut lieu le 3 mai 1983. Depuis plus d'une vingtaine d'animaux originaires de Tchécoslovaquie ont été relâchés. Quelle ne fut pas ma joie d'observer des traces sur la neige début mars sur le versant vosgien du Hohneck dans la forêt domaniale de Haute-Meurthe! Chaque trace circulaire étonne par son diamètre de près de 10 cm, car en hiver les poils épais protègent la sole plantaire ce qui permet de réduire la charge  à 40 g/ cm².

       L'animal, haut sur pattes (70 cm), pèse 25 kg et ne peut pas être confondu avec le chat sauvage (Felix silestris). Il est caractérisé par une queue courte et des pinceaux aux oreilles. Le lynx vit en solitaire sur un grand territoire de 20 à 60 km². Il peut parcourir 20 km par nuit à la recherche de ses proies qu'il chasse à l'affût, principalement le chevreuil. Il revient plusieurs fois sur le cadavre d'une proie, ce qui est une des rares chances de pouvoir l'observer.
       L'accouplement a lieu en février-mars, période de déplacement maximum pendant laquelle on peut entendre les miaulements rauques alors que l'animal est d'habitude silencieux. Deux ou 3 jeunes viennent au monde après 70 jours de gestation. Le Lynx peut vivre 10 ans à 15 ans. Il est trop tôt pour évaluer l'impact de la réintroduction sur les concentrations de Cervidés et de Chamois dans les Vosges. Néanmoins, des études chiffrées évaluant l'aspect économique  démontrent une diminution des dégâts forestiers pour le canton de l'Obwald et dans la réserve du Creux du Van en Suisse. Son action n'est pas tant due à la prédation directe qu'à la dispersion des proies dans les zones en surdensité où s'occasionnent les dégâts les plus importants.

Empreinte de Lynx comparée aux traces de quelques-unes de ses proies

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IV.3/ Le Faucon pélerin (Falcon peregrinus)
      
 Ce chasseur redoutable, le plus prestigieux des faucons, s'est raréfié dans la période 1950 à 1970 pendant laquelle 3/4 des 500 couples français ont disparu à cause de l'utilisation de certains pesticides qui stérilisaient les oeufs. En 1977, 12 sites seulement étaient fréquentés dans l'ensemble du massif vosgien. En moyenne un couple élève 1 ou 2 jeunes tous les 2 ans. Les couples paradent dès la mi- février. Les oeufs sont pondus en mars et les jeunes s'envolent fin mai. Ils restent tributaires des parents jusqu'en juillet.  Le massif du Honeck abrite dans ses falaises plusieurs sites de nidification. Il n'est pas rare d'observer sa silouhette trapues survolant la crête au niveau du col de Falimont avant de plonger dans la vallée de Munster. Ce prédateur ornithophage capture en plein vol ses proies comme les Passereaux, les Pigeons, les Corvidés et les Etourneaux. Il faut environ 150 g de viande par jour pour la femelle et 100 g pour le mâle qui est un tiers plus petit. Les restes alimentaires peuvent être analysés sur les lardoirs où les adultes dépouillent leurs proies et par la dissection des pelotes de réjection trouvées au pied des falaises de nidification. Des efforts de protection contre le désairage et la surveillance des sites permettent de recenser une cinquantaine de jeunes pèlerins à l'envol en 1993 pour l'ensemble du massif vosgien. L'évolution est aussi encourageante en Franche-Comté et en Suisse. Le retour de cet oiseau magnifique doit réjouir le cœur de tous les naturalistes attachés à placer la beauté au centre de leurs quêtes.
Silhouette du Faucon pèlerin en vol. Les autres exemples sont donnés à titre de comparaison. D’après Péterson

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CONCLUSION

L'auteur aura atteint son but si certains congressistes ressentent le besoin de revenir découvrir les Hautes Vosges, leurs paysages méconnus et leurs habitants si attachants. Pour tous renseignements contacter Pierre Pornet 43 allée des pins, Villers les Nancy, 54600 Tel: 83404751.




Bibliographie
Carte  au 1:25000 du Hohneck du Club Vosgien IGN 1988
Circuits Pédestres des Vosges. Jean Luc Theiller. Guide Franck 1993
Mensuel "Terre Sauvage"  numéro spécial Vosges Nov 1992
Le Hohneck Association Philomatique d'Alsace et de Lorraine Ouvrage collectif  Strasbourg 1963 présentant en particulier les travaux de R. Carbiener
Fleurs des Vosges  Gonthier Ochsenbein Edition SAEP Colmar1972
La flore et la végétation de Lorraine; Serge Muller. Editions Mars et Mercure 1979
Introduction à la Grande Faune de Lorraine Norbert Lefranc CDDP d'Epinal  1980
Introductions et Réintroductions animales en France, Norbert Lefranc Musée municipal de St Dié 1985
Les oiseaux des Vosges Norbert Lefranc. Kruch Editeur 1979

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