LA VALLEE SACREE

La Vallée Sacrée et Pisac

A une quarantaine de kilométres de Cuzco serpente la Vallée Sacrée entourée de chaînes de montagnes approchant les cinq mille métres et au fond de laquelle coule le rio Vilcanota, qui devient l’Urubamba , puis lorsqu’il rencontrera le Maranon dans la plaine amazonienne deviendra l’Amazone. Du temps de l’Inca cette vallée faisait partie du territoire personnel de l’Inca. En effet elle bénéficie d’un climat exceptionnel et ses terres sont très riches et peuvent donner plusieurs récoltes par an. Dans la cosmogonie Inca cette vallée est associée à la Voie Lactée dans laquelle elle se mêlerait en arrivant dans l’Océan. Elle serait ni plus ni moins que le double de la Voie Lactée , comme chaque cité de la Vallée Sacrée aurait son double dans les constellations des étoiles, à commencer par l’Inca lui-même qui s’identifiait au Soleil. La Vallée serait une sorte de passerelle entre le monde des humains et le monde du surnaturel.

 

Le temple du Soleil de Pisac au centre duquel pointe l'Intihuatana

A l’entrée de la Vallée Sacrée, Pisac. Une légende andine raconte que celui qui réussirait à jeter un pont au-dessus de la vallée de l’Urubamba obtiendrait la main de la riche héritière des terres de Pisac, la princesse Inkil Chumpi. Asto Rimac, un riche prétendant de la Selva se porta volontaire. Mais les esprits des montagnes demandèrent à la Princesse de ne point observer son prétendant pendant qu’il accomplissait sa tâche. Impatiente , la princesse manqua à cette régle, Asto Rimac disparut dans les flots turbulents du fleuve et avec lui l’alliance entre les habitants de la région de Pisac et les peuples de la jungle, tandis que la princesse fut transformée en pierre contemplant pour l’éternité la vallée de ses ancêtres. Une autre légende Inca raconte que le Condor, messager du Soleil, a construit à mi-pente, sur un replat rocheux au-dessus du village, le plus grand complexe rituel et agricole de la vallée après celui du Machu Pichu.

Ce complexe s’intégre parfaitement dans la topographie du terrain et des collines et forme le contour d’un condor colossal. Dans la mythologie andine le condor est considéré comme d’une part, le messager du Soleil, et d’autre part comme le gardien de l’esprit des Morts qu’il porte sur ses ailes immenses. A noter que ce grand oiseau des Andes niche dans les falaises . Or l’espace rituel de Pisac est entouré de deux cimetières creusés dans les falaises surplombant la vallée. Au centre de l’espace rituel s’élève le temple du Soleil au milieu duquel pointe l’Intihuatana (littérallement , le lieu où l’on attache le Soleil). L’ombre du soleil indiquait le solstice d’hiver et le solstice d’été et déterminait ainsi les dates des travaux des champs, en quelque sorte, un cadran solaire avant l’heure.

Le quartier des agriculteurs de Pisac

Tout autour du site et jusqu’au fond de la vallée les Incas ont aménagé d’impressionnantes terrasses qui s’étalent sur 65 hectares. Ces terrasses étaient destinées aux cultures et en particulier à cette culture originaire des Andes, le maïs. Le territoire andin est considéré à juste titre , comme l’un des berceaux de l’agriculture moderne. On prête d’ailleurs aux Incas la création des andennes (cultures en terrasses), mais en fait ils ont seulement perfectionné cette technique dont l’origine remonterait à la civilisation pré-incaïque de Tiahuanaco. Cette technique résolvait ainsi les problèmes d’eau et surtout l’érosion des sols; de plus ces andennes étaient construites dans des endroits où régnaient des micro-climats. Ainsi dans cette partie de la vallée les Incas avaient développé la culture de dix sept variétés de maïs dont le “blanc impérial” le meilleur maïs.

Les andennes de Pisac

Une légende péruvienne raconte d’ailleurs que c’est le DieuPachacamac qui aurait donné naissance au maïs. A sa mort, ses dents se seraient changées en grains de maïs. Une autre légende raconte qu’un noble inca serait tombé dans un puits en se promenant. Son père, le dieu Soleil, aurait arrosé la terre de ses larmes, la rendant fertile. Les grains des épis de maïs qui poussèrent dès lors seraient donc les larmes d’or du Soleil. A coté du maïs se cultivaient également l’arachide, le coton, le poivre et la coca. En bas des escaliers incas, le village moderne de Pisac avec son marché quotidien, où certains jours on rencontre plus de touristes que de vendeurs autochtones.

La ville d'Ollantaytambo a gardé son plan du temps des Incas

Ollantaytambo, dernière grande cité Inca de la Vallée Sacrée avant que celle-ci ne se resserre et ne laisse plus passer que les flots tumultueux de l’Urubamba. Dernière cité Inca à avoir résisté aux Espagnols avec le quatorzième Inca Manco Inca. Mais Ollantaytambo est l’une des cités incas les plus intéressantes. Elle fut à la fois, une forteresse, un grand centre religieux, un observatoire astronomique très important et aussi un très grand centre agricole. La cité est placée sous la protection de Thunupa, le messager de Wiracocha comme l’atteste l’immense effigie taillée dans la falaise de Pinkuylluna. Centre astronomique, la cité a tenu une grande place dans la détermination des saisons. Cette même montagne de Pinkuylluna était considérée comme l’axe du monde autour duquel le soleil se déplaçait durant toute l’année. Ainsi le solstice d’hiver était déterminé par l’apparition de la constellation des Pléïades juste avant l’apparition du soleil derrière Pinkuylluna et à partir de cette observation le calendrier des grands travaux agricoles était établi.

 

Le mur du temple du soleil d'Ollantaytambo

Tout comme Pisac est relié au mythe du condor, Ollantaytambo est relié à la constellation du lama située dans la Voie Lactée. Ainsi la forme de cette constellation serait représentée schématiquement par les constructions et les terrasses s’intégrant dans les formes du terrain. Actuellement selon le mythe, le lama descend de sa constellation la nuit pour boire l’eau de l’océan afin que les terres ne soient pas inondées. D’où l’interprétation suivante: le lama se réveille en juin, qui est la période sèche , boit encore l’eau de l’océan , si bien que le cycle des travaux des champs peut recommencer. Ollantaytambo est encore associé au mythe de l’arbre. Dans beaucoup de civilisation l’arbre est à l’origine de la création sous lequel les hommes ont cherché la protection. Ainsi dans les Andes les arbres symbolisent les endroits où les hommes ont trouvé refuge. Le tronc serait symbolisé par les deux montagnes Tamboqasa et Pinkuylla séparées par le fleuve Patacancha , affluent de l’Urubamba, et apportant la sève aux racines symbolisées par les terrasses où l’on faisait pousser le meilleur des maïs.

Dernier mythe à Ollantaytambo: il est lié au maïs. Ainsi selon la légende le maïs que Manco Capac aurait planté à Cuzco serait d’un quartier d’Ollantaytambo le Tanputtoco. A partir de ce moment il serait devenu sacré. En construisant la ville d’Ollantaytambo qui a d’ailleurs gardé son plan originel on lui a donné la forme d’un épis de maïs dont chaque grain serait une maison de la ville.

 

A mi-chemin entre le plateau de Chinchero et la Vallée Sacrée, un étrange spectacle s'ouvre sous nos yeux.: quatre mille petits marais salants (posos) étincellent d'une blancheur immaculée à 3500 m d'altitude. Ce sont les salines de Maras alimentées par une pettie source d'eau salée coulant à raison de 7 litres par minute. Ces peits bassins existaient bien longtemps avant les Incas. Les grands prêtres s'en servaient pour leur offrande à la Pachacham ou à Inti. Tout comme la coca, on le retrouve partout dans toutes les traditions andines. L'Inca lui-même en consommait une grande quantité.

La Vallée Sacrée avant les gorges de l'Urubamba

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