HISTORIQUE DE L’ENSEIGNEMENT SPÉCIALISÉ EN FRANCE.

Mme DEMOGEOT, Inspecteur de l’Éducation Nationale Enseignement Spécialisé.

C’est en 1909, que l’on trouve les premières classes spécialisées avec la création des Classes de Perfectionnement pour ceux qu’on appelait les “arriérés scolarisables”: ceux qui étaient soumis à l’obligation scolaire sans être admis ou maintenus dans une classe normale.

Dans la pratique, elles n’avaient pas seulement accueilli ceux qui étaient considérés comme débiles, mais également ceux que les classes normales ne toléraient plus, en raison de leur situation d’échec ou d’inadaptation.

Vers les années 1950, on constate que l’intolérance aux inadaptations s’est accrue en raison du développement du nombre d’enfants scolarisés et de la surcharge des effectifs scolaires. La limite supérieure de la débilité légère, mesurée par le Quotient Intellectuel, était passée de 70 à 80 puis 85 sans aucune raison scientifique. C’est pourquoi le nombre de classes de perfectionnement s’est considérablement accru au lendemain de la seconde guerre mondiale. De plus, par un effet bien connu de structure, on chercha des enfants débiles parce qu’il y avait des classes de perfectionnement à remplir. Tout enfant qui ne suivait pas, était susceptible d’y être admis.

Vers les années 60, les attitudes et les idées concernant l’échec scolaire et son interprétation vont évoluer. On avait cru jusqu’alors pouvoir expliquer l’échec scolaire essentiellement par les caractéristiques individuelles de l’élève. On se situait dans une logique de fatalité de l’échec, dans une logique de l’impuissance de toute organisation scolaire à lutter contre les inégalités naturelles.

A partir des années 1970, le problème se pose désormais différemment. On cherchera davantage à comprendre la place de divers facteurs jusqu’ici négligés: les dimensions sociale, affective et relationnelle et la dimension pédagogique. On est passé à une conception nouvelle où l’enfant est compris dans son histoire naturelle et par rapport à son contexte familial, social et pédagogique.

C’est alors qu’émerge le concept de prévention de l’échec scolaire. En effet la circulaire ministérielle de 1970 affirme que l’intérêt de l’enfant est le plus souvent de ne pas quitter sa classe et de pouvoir bénéficier d’actions de soutien qui sont des modes d’approches pédagogiques différents. Par le moyen d’actions de rééducation, on pouvait permettre à l’enfant de rejoindre les enfants ne posant pas de problèmes.

Pour atteindre ces objectifs ont été crées les Groupes d’Aide Psycho-Pédagogique, équipes composées de trois instituteurs spécialisés: un psychologue et deux rééducateurs (l’un en psychopédagogie, l’autre en psycho-motricité) appelés à intervenir en soutien préventif avant que n’advienne l’échec.

Parallèlement furent créés des Classes d’Adaptation, classes à effectifs réduits dans lesquelles les enfants peuvent être scolarisés à temps complet ou partiel dans le but de les réinsérer le plus rapidement possible dans une classe ordinaire.

Les mesures de prévention n’ont pas pu cependant éviter toutes les formes de graves difficultés d’adaptation de l’enfant au système éducatif ordinaire. Aussi les Classes de Perfectionnement n’ont-elles pas disparu puisqu’il fallait accueillir les élèves pour lesquels les mesures de prévention et d’adaptation n’avaient pas été efficaces. Mais elles furent repensées au travers du concept de handicap. Désormais, inadaptation et handicap sont devenus deux notions bien distinctes de notre système scolaire.

La Loi d’Orientation du 30 juin 1975 institue le principe de l’obligation éducative pour les enfants et adolescents handicapés. l’éducation spéciale associe des actions pédagogiques et para-médicales. Elle est assurée soit dans des établissements spécialisés soit dans des établissements ordinaires dans le cadre de l’Intégration Scolaire. A noter que cette loi ne concerne pas le handicap social.

L’intégration scolaire peut-être collective ou individuelle. Elle peut être partielle ou totale, permanente ou limitée dans le temps. Dans tous les cas, elle doit faire l’objet d’un Projet Éducatif Individualisé en collaboration avec les familles, les enseignants et les personnels spécialisés.

Sur le plan des structures, trois dates importantes:

- la loi d’Orientation du 10 juin 1989 énonce un impératif, celui de placer l’enfant au centre du système éducatif, ce qui traduit la nécessité d’une adaptation du système éducatif aux lois du développement de l’élève et à celles de l’enfant handicapé. des cycles pluriannuels se mettent en place et l’incitation à une pédagogie différenciée est de plus en plus forte.

- dans la continuité de cette loi, la Circulaire du 9 avril 1990 définit les caractéristiques, la nature et les formes d’aides spécialisées à apporter aux enfants en difficulté.

C’est ainsi que les Réseaux d’Aide Spécialisés se substituent aux groupes d’Aide Psycho-Pédagogiques. Le groupe de base des personnels est constitué:

- d’un psychologue scolaire,

- d’un instituteur spécialisé chargé des rééducations

- d’un instituteur spécialisé chargé de l’enseignement et de l’aide pédagogique.

L’aide spécialisée est sélective et adaptée à chaque cas. Le projet d’intervention n’est arrêté qu’après une étude attentive qui associe les intervenants spécialisés du réseau, le maître de la classe et les parents. ceci implique une adaptation des rythmes des acquisitions, des connaissances, ce qui sera possible dans le cadre des cycles pluriannuels. L’aide spécialisée n’est requise que lorsqu’une réponse pédagogique suffisante n’a pu être apportée au sein de la classe.

En ce qui concerne les actions d’aides spécialisées à dominante pédagogique, elles peuvent être de deux formes:

- les Classes d’Adaptation lorsqu’il existe une carence globale des connaissances. Le placement y sera d’une année maximum.

- les regroupements d’adaptation qui répondent à des besoins pédagogiques spécifiques et non à une carence globale dans les apprentissages. les enfants sont alors sortis de leur classe pour une durée de 1 heure à 1 heure et demie selon l’importance des difficultés.

Les actions d’aide spécialisées à dominante rééducatives s’imposent lorsque les processus d’acquisition des connaissances présentent d’importants dysfonctionnement. Par exemple un déficit du langage très important ou un schéma corporel non acquis ...

Un dispositif complémentaire de celui des Réseaux d’Aide Spécialisés a été créés par la circulaire du 18 novembre 1991, la création de Classes d’Intégration Scolaire. ces classes accueillent des élèves handicapés physiques, sensoriels ou mentaux qui peuvent tirer profit d’une scolarité adaptée à leur âge, à la nature et l’importance de leur handicap.

Les Classes d’Intégration Scolaire pour enfants atteints d’un handicap mental succèdent donc aux Classes de Perfectionnement. La notion de retard mental léger correspond à la cotation de l’Organisation mondiale de la Santé selon laquelle les limites de la normale se situe désormais par rapport à un Quotient Intellectuel de 70.

Pour terminer ce rapide historique je rappelle les structures existant actuellement:

En ce qui concerne l’inadaptation scolaire:

- les Cycles pluriannuels

- les Réseaux d’Aide avec:

- 1 psychologue

- aide pédagogique (Classe d’Adaptation et regroupement d’Adaptation)

- aide rééducative.

En ce qui concerne les handicaps:

- les Classes d’Intégration Scolaire

- l’ intégration individuelle

- les établissements spécialisés lorsque l’intégration n’est pas possible ou souhaitée. Dans les Établissements Spécialisés, la scolarisation est intra-muros avec des enseignants éducation nationale ou scolarisation extérieure ordinaire avec intervention du personnel de l’établissement.

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