ETRE EXPULSE DE LORRAINE

(d’après le témoignage de Monsieur DREIDEMY)

Comme de nombreux Faulquinois, Monsieur DREIDEMY a été expulsé de Lorraine, avec sa famille, durant la deuxième guerre mondiale. Il est venu témoigner dans notre classe.

1 – Localisation

Monsieur DREIDEMY habite REMERING-LES-PUTTELANGE. Le village est situé en Moselle, à 80 km à l’est de Metz.

2 – Un peu d’histoire

En 1933, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. La France se prépare alors à la guerre. Des blockhaus sont construit dans la région de Rémering-les-Puttelange. Une dizaine d’étangs est creusée dans les environs. Ils appartiennent à la ligne Maginot aquatique. Ils servaient de retenues d’eau. Si les Allemands tentaient de progresser dans la région, on aurait ouvert les digues de ces étangs et l’eau aurait inondé tout le secteur, empêchant l’avancée de l’ennemi. Les villages voisins auraient alors été inondés. Dès le début du conflit franco-allemand, le gouvernement fait évacuer les villageois en raison des risques d’inondations de leurs habitations.

3 – La préparation du départ

Fin août 1939, les cloches des églises et la sirène de la mairie ont sonné. Les personnes qui étaient dans les champs ont couru jusque dans leurs maisons en criant "c’est la guerre, c’est la guerre !". Le garde-champêtre est alors passé dans les rues du village, tapant sur son tambour pour annoncer à chacun de se rendre à la mairie.

Chaque famille devait emporter le strict nécessaire : une valise contenant pour chacun un vêtement de rechange. Cela était chargé sur une charrette à bras. Deux vaches tiraient le véhicule. Pour se nourrir, trois poules gardées dans un grand panier fixé sous la charrette, pondaient des œufs. En plus, la mairie fournissait à chaque famille des masques à gaz.

4 – Le voyage

Les gens partaient à pied, tirant les charrettes à bras. Monsieur DREIDEMY suivait à bicyclette. Au bout de quelques kilomètres, épuisé, il ne put plus pédaler. Son père jeta alors le vélo dans un fossé et le garçon s’installa sur la charrette.

Ils sont allés à pied de Rémering-les-Puttelange vers Hilsprich, Petit-Tenquin, Gréning, Wirming, Rodalbe et Vaxy. A Vaxy, ils sont montés dans un camion qui les a conduits à Hampont.

Une fois arrivés à Hampont, ils ont pris le train.

Les conditions de voyage étaient assez agréables :

Ca n’avait rien à voir avec le trajet des déportés vers les camps de concentration. Pour se nourrir, ils prenaient les fruits qu’ils trouvaient aux arrêts du train. A chaque gare, des gens leur donnaient de la nourriture. Les voyageurs étaient méfiants et ne mangeaient que ce qu’ils avaient l’habitude de cuisiner. D’ailleurs, Monsieur DREIDEMY raconte que quand ils ont eu de l’andouillette, aliment que personne ne connaissait, ils ne l’ont pas mangée et l’ont jetée !

Le train, parti de Hampont, les a conduit jusqu’à Jarnac, en passant par Châlon-en-Champagne, Tours, Poitiers et Angoulême.

 

Itinéraire suivi par Monsieur DREIDEMY

5 – L’arrivée

Le train a déposé les passagers à la gare de Jarnac. Les expulsés étaient hébergés dans des maisons vides. La mairie les nourrissait pendant huit jours, après ils devaient se débrouiller tout seuls. Mais ils recevaient du gouvernement français, des allocations journalières qui leur permettaient de vivre sans travailler.

6 – La vie à Saint-Même-les-Carrières

Monsieur DREIDEMY et tout son village ont ensuite été expulsé à Saint-Même-les-Carrières. Une ferme leur était prêtée.

Monsieur DREIDEMY allait à l’école avec tous les enfants de son ancien village. La même maîtresse qu’à Rémering leur faisait cours. Il parlait son patois. La vie était semblable à ce qu’il vivait en Lorraine.

Après la signature de l’Armistice, mes expulsés ont eu le droit de revenir dans leur ancien village mais alors ils devenaient Allemands. Une grande partie des Lorrains est rentrée mais le père de Monsieur DREIDEMY est resté en Charente pour ne pas être de nationalité allemande.

Monsieur DREIDEMY a dû changer d’école, de copains et de maîtresse. Ses nouveaux camarades ne connaissaient pas le patois alors il a été obligé d’apprendre le français. Quelques méchants écoliers l’insultaient et le traitaient de "boche". Cependant, la vie était agréable en Charente :

7 – Le retour en Lorraine

En 1945, c’est la fin de la guerre : la Lorraine redevient française.

La famille REIDEMY quitte Saint-Même-les-Carrières, prend le train et retourne à Rémering-les-Puttelange.

Pendant la guerre, la maison familiale a été occupée par des soldats allemands, puis par des villageois sans abri. La façade arrière avait été partiellement détruite par des éclats d’obus.

A leur retour, ils retrouvent donc leur maison occupée par des inconnus, endommagée, vidée de tous ses meubles. Ils ont dû aller dans toutes les maisons du village pour récupérer une partie de leurs meubles. Certains avaient été utilisés comme bois de chauffage.

La photographie des grands-parents avait servi de cible aux soldats qui s’ennuyaient.

 

Cette période d’exil a été formidable pour les enfants mais dure pour les adultes qui avaient peur, qui devaient abandonner leur maison et leur région…

Travail collectif

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