A la fin du18éme siècle, le minerai de fer traité est du minerai d'alluvion*. Son extraction est facile : elle se fait dans des minières, c'est à dire des mines peu profondes à ciel ouvert ou à flanc de coteau. C'est un minerai riche en fer dont la teneur est de 40 à 50%. Il est surtout exploité dans la région d'Aumetz.
On connaît cependant un autre type de minerai, baptisé « minette* » pour le distinguer de ce minerai fer fort. Cette minette est disposée en couches profondes de 100 à 200 mètres sous le plateau calcaire qui domine la vallée de la Moselle. . Ce minerai affleure en quelques points sur les flancs de la vallée de la Fensch, mais comme il renferme du phosphore, il a l'inconvénient de ne donner qu'un fer cassant.
Au début du 19éme siècle, la fabrication du fer se fait toujours en deux temps. D'abord, on fond le minerai pour obtenir la fonte, opération effectuée en haut fourneau qui fonctionne toujours au bois ou au charbon de bois. Puis on réchauffe la fonte dans les forges pour obtenir de fer marchand.
La dynastie De Wendel fut fondée par Martin Wendel. : en 1704, il achète les forges de Hayange.
Son petit-fils Ignace De Wendel expérimente la première coulée de fonte en utilisant le coke au lieu du charbon de bois dans les Hauts-fourneaux d'Hayange. .En 1789, Ignace de Wendel contrôle déjà une grande partie de la sidérurgie française.
Mais à cette date, la Lorraine n’est pas encore la première région pour l’industrie du fer, il existe alors en France exactement 1003 établissements produisant de la fonte et du fer. La Haute-Marne, à elle seule, en possède 82, la Nièvre 76, alors que l’ensemble des quatre départements lorrains que 70, ce qui est peu de chose.De petite taille les établissements sont éparpillés sur toute la Lorraine. La Meurthe n'a pas de haut-fourneau* et ne produit pas de fonte. La Moselle et les Vosges possèdent chacune une trentaine d’établissements. En Moselle, le groupe oriental, aujourd’hui disparu (Forges de Baerenthal, de Mouterhouse, de Saint-Louis, de Sarralbe, de Creutzwald, de Hombourg-Haut, de Saint-Fontaine), est alors plus important que le groupe occidental (Forges de Moyeuvre et d’Hayange rachetées par la famille De Wendel . La Meuse demeure le principal producteur est compte une quarantaine de forges sur le Saulx et sur l’Ornain, autour de Commercy et de l’Argonne et vers Montémédy.
Perndant la Révolution Française, la famille De Wendel est dépàssédée, Après avoir appartenue à l'Etat, l'affaire familiale fut rachetée en 1803 par François De Wendel, fils d'Ignace, qui la dirigea pendant vingt-deux ans. Durant le Premier Empire, De Wendel obtint une affectation de fer fort d'Aumetz, acheta Moyeuvre. Pour sortir de l'ornière, François se rendit en Ecosse et au Pays de Galles; il examina les techniques en usage, ramena quelques ouvriers spécialisés. En introduisant les procédés "anglais" (affinage de la fonte à la houille, four à puddler*, machines à vapeur et laminoirs* mécaniques), il fit oeuvre de novateur. Son entreprise s'était hissée au rang de Saint-Etienne, de Fourchambaultet des meilleures forges de Haute-Marne.
Après sa mort (1825), son gendre Théodore de Gargan, un ingénieur des mines, puis son fils Charles De Wendel
assumèrent avec efficacité le relais.Théodore de Gargan introduisit la récupération des gaz de hauts fourneaux* et le soufflage de l'air chaud (1831). Il fut surtout l'artisan de l'utilisation du minerai oolithique*. A la suite de sondages prometteurs, il ouvrit une mine à flanc de coteau à Hayange au pied du haut fourneau et des forges installées dans la vallée. C'était le début d'une exploitation qui se poursuivit jusqu'à nos jours. Quant aux fours à puddler dans lesquels s'opérait le passage de la fonte au fer, ils étaient chauffés avec de la houille grasse de Sarre.
L'entreprise des De Wendel était répartie sur quatre sites proches les uns des autres: Hayange, Moyeuvre, Knutange et Neufchef. La firme surmontait les crises conjoncturelles et installait de nouvelles machines à vapeur, une voie ferrée interne (1842). En 1865, la Lorraine arrive en têpete de la production de métallurgie française.
En 1871, Henri et Robert de Wendel
qui venaient de succéder à leur père Charles, décidèrent de rester en Lorraine, au lieu d'opter pour la nationalité française. En 1881, la Société des petits-fils de François De Wendel acheta fort cher pour une durée de quinze ans l'exclusivité du brevet Thomas-Gilchrist.Celui-ci était simple et bon marché: il suffisait de garnir la paroi du convertisseur d'un revêtement de briques dolomitiques. Durant l'opération de réduction, le phosphore contenu dans la fonte se combinait avec la dolomie* et était éliminé sous forme de scories de déphosphorisation vendues ensuite comme engrais agricole.Cette action fut une réussite pour l'entreprise. En construisant les deux aciéries d'Hayange et de Moyeuvre, De Wendel prit une bonne longueur d'avance sur ses concurrents allemands. En France, la famille exploita le brevet avec les Aciéries de Longwy et construisit l'usine de Joeuf dans la haute vallée de l'Orne en amont de Moyeuvre.
Les firmes qui ne purent prendre le tournant de l'acier durent fermer ou fusionner avec d'autres. Ce fut le cas des Forges d'Ars-sur-Moselle longtemps prospères. Les derniers hauts fourneaux *
de Haute-Marne et de Meuse disparurent. Dans ce dernier département, on passa de vingt-sept hauts fourneaux en 1867 à sept en 1880, le dernier, celui de Dammarie-sur-Saulx s'éteignit en 1892. Une nouvelle géographie industrielle s’installa dans le bassin de Longwy, de Metz-Thionville et de Briey.
En 1895, le brevet Thomas tomba dans le domaine public. Furent alors crées les principaux groupes sidérurgiques se situant alors le long des vallées : vallée de la Chiers au Nord de la Lorraine, vallée de la Fensch, vallée de l’Orne, vallée de la Moselle au Sud de la Lorraine jusqu’à Nancy.La minette lorraine devient enfin exploitable, le procédé Thomas est une chance historique pour la Lorraine qui en 15 ans devient une des plus grandes régions d’industrie lourde du monde.
La prospérité des De Wendel continua encore longtemps grâce à toutes les innovations qu'elle avait importées. Et en 1929, Hayange devient la première aciérie lorraine.