La Déportation
Appel Julie
Dubail Estelle
Mordacci Fanny
Il convient de dire aux âmes sensibles de prendre leur courage à deux mains pour lire cet exposé.
Nous vous rappelons tout de même que tout ce qui figure dans ce bref compte-rendu de la déportation est très bien relaté dans le célèbre film La Liste de Schindler de Steven Spielberg. Nous avons simplement ajouté quelques détails indispensables à la connaissance du passé de l’humanité, de notre passé, pour que des atrocité barbares telles que celles décrites ci-dessous ne se reproduisent plus jamais, sous aucun prétexte.
Pour le régime nazi, la déportation ne consistait pas seulement à transporter des populations d’un pays à un autre. C’était aussi le moyen d’avoir continuellement "sous la main", enfermés dans des camps, des hommes, des femmes et même des enfants, pour les surveiller, les faire travailler ou les exterminer.
Le Système
L’élément de base du système est le camp de concentration. Les camps furent créés en Allemagne dès l’avènement du régime nazi: Hitler pris le pouvoir en 1933: Dachau fut créé en 1933 déjà.
Les nouveaux maîtres de l’Allemagne voulaient ainsi éliminer tous ceux qui les gênaient, soit parce qu’ils s’opposaient à leur politique ou à leur idéologie (communistes, sociaux-démocrates, chrétiens protestants ou catholiques), soit parce qu’ils appartenaient à des races considérées comme inférieures. Le racisme (et plus particulièrement l’antisémitisme) était en effet , bien qu’il n’en fût pas l’inventeur, une des théories fondamentales du nazisme; tous ceux qui n’étaient pas "aryens" devaient être éliminés systématiquement. Les condamnés de droit commun étaient aussi envoyés dans des camps de concentration.
Les annexions successives de territoires, puis le déclenchement de la guerre, entraînèrent l’ouverture de camps de concentration toujours de plus en plus nombreux, une augmentation extraordinaire de la population concentrationnaire, la multiplication des nationalités.
Les camps
Les camps sont dispersés sur toute la surface de l’Europe occupée : en Alsace, le Struthof et Schirmeck; en Moselle, le fort de Metz-Queuleu et Woippy; en Pologne, Auschwitz et Maidanek; en Allemagne du nord, Neuengamme, Ravensbruck, Bergen-Belsen, Oranienburg; Buchenwald au centre; Dachau en Bavière; Mauthausen en Autriche; Flossenburg et Theresienstadt en Tchécoslovaquie. Les emplacements ont été choisis de préférence dans les régions au climat le plus rude et aux conditions de vie les plus difficiles. Le Struthof au sommet des Vosges, Birkenau au milieu des marais, Buchenwald sur un plateau exposé à tous les vents, Dora dans les montagnes du Harz.
Il y a des camps ou des kommandos d’extermination ( Le Struthof, Maidanek, Birkenau); Le camp d’Auschwitz-Birkenau est réservé aux Israélites; celui de Ravensbruck aux femmes. Les prêtres furent rassemblés à Dachau à partir de 1944.
Comment on y arrive
Dans les territoires occupés par les Allemands, les futurs déportés étaient rassemblés avant leur départ en convoi. En France, les principaux centres de rassemblement étaient Compiègne, Drancy, Romainville. Mais quelques convois partaient directement de certaines prisons.
Les déportés étaient entassés à 100 ou à 120 dans des wagons à bestiaux. Les trains étaient étroitement gardés, de façon que les évasion fussent impossibles. Et commençait alors un infernal voyage, qui durait souvent plusieurs jours: sans manger, sans boire, sans respirer, debout ou couchés dans les ordures, ils allaient ainsi à travers l’Europe, attendant parfois des heures en plein soleil sur les voies de garage le passage des convois de troupes ou de matériel, retardés par les bombardements.
Quand ils arrivaient à destination, accueillis par des cris et des coups, ils s’écroulaient sur les quais. Mais beaucoup étaient déjà morts ou avaient perdu la raison. Certains camps possédaient leur gare. Pour parvenir à d’autres, il fallait marcher sous le soleil, dans la poussière, dans la boue ou dans la neige. Les S.S. frappaient ou les chiens mordaient...
Description d’un camp:
Un camp comprenait un ensemble de baraques ou "blocks". Certains étaient de dimensions relativement réduite, d’autres formaient d’immenses cités qui pouvaient contenir jusqu’à 40 000 détenus. Sur la place d’appel ou "Appelplatz" élément obligatoire à tous camps, avaient lieu les rassemblements, les punitions et les exécutions publiques. Un ou plusieurs réseaux de barbelés électrifiés faisaient une barrière infranchissable. De place en place, des "miradors" sur lesquels veillaient des sentinelles qui tiraient sans sommation, souvent par simple jeu. A côté du camp, la villa du commandant, son jardin, sa piscine, les habitations des gardiens. Parfois, dans le camp ou à côté, des bâtiments aux destinations particulières: la prison, la chambre à gaz, le four crématoire.
L’organisation
L’organisation de l’univers concentrationnaire était méticuleuse. A son arrivée, le nouveau était enregistré, immatriculé (dans certains camps comme à Auschwitz, le numéro-matricule était tatoué sur l’avant-bras), douché, rasé, habillé de cet étrange vêtement aux rayures bleues semblables à un pyjama, et envoyé au block de quarantaine qui allait l’initier à la vie du camp.
Il faisait connaissance avec le monde de la déportation, dont la population était répartie en catégories qui se distinguaient par un triangle de couleur cousu sur la poitrine: rouge pour les "politiques" (déportés de la Résistance, otages, raflés), vert pour les criminels de droit commun, violet pour les objecteurs de conscience, etc. Une lettre indiquait la nationalité.
Les S.S. étaient les maîtres mais déléguaient une partie de leur pouvoir et de leur tâche à des déportés presque toujours de droit commun, appelés "Kapos", qui faisaient régner la discipline et la terreur.
La vie au camp
La journée commençait de bonne heure. En pleine nuit, le réveil chassait brutalement les déportés d’un sommeil toujours trop court et souvent impossible, car il fallait dormir à deux, à trois, parfois même à quatre sur des planches de bois très étroites. On se lavait où on pouvait; on absorbait le breuvage baptisé "café" et l’on allait à l’appel qui durait parfois des heures.
L’appel
Sur l’immense place, les déportés se rangeaient, soutenant ceux qui chancelaient, et parfois ceux qui venaient de mourir. Sous la pluie, dans la neige, l’appel s’égrenait, recommençait en cas d’erreur, une fois, deux fois, plusieurs fois; et si tel était le bon plaisir des gardiens, les détenus devaient se dévêtir entièrement.
Arbeit
Puis c’était (dans certains camps au son d’un orchestre) le départ pour le travail, car les nazis utilisaient cette main d’œuvre gratuite à des travaux particulièrement pénibles qui, s’ils étaient parfois inutiles, servaient le plus souvent l’économie du grand Reich: extraction et charroie de pierres, extraction de sel, construction de routes ou de voies ferrées, aménagement d’usines, travail dans les usines d’armement ou de produits chimiques. Les femmes étaient astreintes aux même travaux que les hommes.
Malgré la sévère surveillance, les tentatives de sabotage étaient fréquentes. Combien de machines s’arrêtèrent subitement de manière... inexplicable; combien de pièces d’armement furent livrées avec des malfaçons.
Le travail était dur, rendu encore plus dur par les conditions dans lesquelles il était effectué: journées interminables quelles que fussent les conditions atmosphériques, coups des kapos, nourriture insuffisante. Très rapidement les déportés devenaient des squelettes.
Le "revier" (l’hôpital)
Dans le camp, une baraque était réservée à "l’hôpital" où entraient, dans la mesure des places disponibles ou selon la fantaisie du responsable, les déportés les plus malades (parfois les plus chanceux qui trouvaient là le moyen de vivre quelques jours sans appels et sans travail).
Il y avait bien un "médecin", mais celui-ci ne l’était pas toujours réellement. Là, dans une promiscuité effroyable, à deux ou trois par lits, croupissaient presque sans soins et sans médicaments, des malheureux dont la plupart s’acheminait vers la mort.
La mort
En fait, tout déporté était un condamné à mort. La fin du système concentrationnaire était l’extermination, et les moyens ne manquaient pas.
Beaucoup étaient tués dès leur arrivée au camp. Il s’agissait en particulier d’Israélites. A Auschwitz, à leur descente des wagons, ils étaient répartis en deux colonnes. Ceux qui étaient capables de fournir quelque travail étaient envoyés dans le camp. Les autres, malades, vieillards, enfants, femmes enceintes, étaient directement dirigés vers la chambre à gaz.
La chambre à gaz
Celle-ci était un local dont l’intérieur était parfois aménagé comme une salle de douches. Les malheureux croyaient d’ailleurs souvent qu’ils allaient à la douche; mais au lieu d’eau, c’était du gaz qui arrivait par les canalisations, le zyclon qui tuait en quelques minutes. Les cadavres étaient alors évacués par un groupe de travail spécial et charriés dans des fours crématoires ou, quand ceux-ci étaient insuffisants, sur d’immenses bûchers. Ainsi était confirmé le sinistre slogan: "ici tu entres par la porte et tu sors par la cheminée". Le camp Auschwitz était équipé pour exterminer 20 000 déportés par jour.
Tortures
La torture était fréquemment appliquée. Tout manquement à la discipline était sévèrement puni par une bastonnade qui, en général, ne laissait qu’un cadavre sur le chevalet, ou par une pendaison, en cas de tentative d’évasion par exemple, à laquelle assistaient tous les déportés.
Punitions et exécutions étaient accompagnées d’une remarquable mise en scène. Au Struthof, en 1943, on offre deux pendus comme "cadeau de Noël". A Flossenburg, à Noël 1944, un magnifique sapin est planté au mileu du camp. Six suppliciés y sont pendus.
Expériences
Dans certains camps avaient lieu des expériences "médicales". Les chirurgiens (ou les S.S.) pouvaient pratiquer la vivisection, les greffes d’organes, l’inoculation expérimentale de maladies comme le paludisme ou le typhus, qui permettait de faire l’essai de nouveaux vaccins. Les usines de produits chimiques achetaient des déportés pour étudier l’effets de leur gaz ou de leurs poisons. Les usines aéronautiques étudiaient les phénomènes de décompression. Des femmes étaient stérilisées ou inséminées artificiellement. Et tous ces cobayes étaient évidemment des condamnés à mort.
Récupération
Les déportés ne servaient pas le grand Reich seulement par leur travail: les habits et les chaussures etaient soigneusement "récupérés". Les cheveux des femmes, tondus à ras comme les hommes, servaient à faire des tissus. Après la mort, des "dentistes" arrachaient les dents en or et les appareils de prothèse.
La libération des camps
Lorsque vint pour l’Allemagne le commencement de la fin, ses maîtres auraient voulu faire disparaître toutes traces de l’organisation concentrationnaire, afin que personne ne sût jamais ce qu’il s’y était passé. Mais les bourreaux n’eurent pas toujours le temps de procéder aux éliminations ordonnées. Ce fut d’abord l’évacuation des camps de l’Est et leur "repli" vers l’Allemagne. Puis on chercha à regrouper les kommandos et les petits camps. Mais au fur et à mesure que se poursuivait l'avancée des Alliés, la machine se désorganisait...
Quand les soldats libérateurs arrivèrent aux portes des camps, un spectacle horrible s’offrit à eux. Des monceaux de cadavres furent ensevelis dans des fosses communes à l’aide de bulldozers. Il fallut soigner, évacuer les rescapés. Beaucoup moururent après leur libération. Le monde apprit ces choses avec une stupéfaction indignée. Les Allemands, eux, voulaient nier l’évidence et beaucoup affirmaient ne rien savoir.
Parmi les responsables de haut en bas de l’échelle, aucun n’eut le courage d’accepter sa responsabilité.
Certains ont payé, parfois sur les lieux mêmes de leurs sinistres exploits, parfois après un procès, comme celui de Nuremberg. D’autres, cachés ici ou là dans le monde ou à l’abri dans des pays amis gardent l’impunité. Ils ont échappés à la justice des hommes. Leur conscience, s’ils en ont une, leur a-t-elle procuré la paix intérieure?
Bilan de la déportation
Le bilan est difficile, sinon impossible à établir. En effet, les nazis , qui tenaient pourtant une comptabilité précise des "entrées" et des "sorties", ont dans la plupart des cas détruit leurs archives.
On peut avancer un chiffre total de 10 à 12 000 000 de victimes, dont 6 000 000 pour les seuls Israélites exterminés à Auschwitz ou dans les camps polonais, et plusieurs centaines de milliers de tziganes. Il y eut environ 235000 déportés français, dont plus de 100000 résistants. Moins de 5 000 Juifs ont survécu; 30 000 autres déportés environ sont rentrés. Beaucoup sont morts des suites des souffrances endurées.
"Les camps de concentration n’ont pas seulement permis à des sadiques de donner libre cours à leurs mauvais instincts; ils ont facilité systématiquement l’épanouissement de la bestialité; véritable entreprise de déshumanisation, ils étaient les "camps de la mort lente"; enfer organisé, ils marquent le degré le plus bas où ait jamais pu descendre la barbarie." (Henri Michel, article "camps de concentration", "la Seconde Guerre Mondiale").
Souvenirs
Des poètes, bien souvent des amateurs que la déportation a révélé à eux-mêmes, ont trouvé dans leurs épreuves une douloureuse inspiration. Voici ici un poème (dont quelques vers ne plairont pas à certains critiques), mais peut importe, ce qui compte ici, c’est la sincérité.
N MEMORIAM
O vous qui dans les camps mourûtes solitaires,
Sans parents, sans amis, sans prières, sans pleurs,
Vous qui souffrîtes les plus atroces douleurs,
Vous n’avez même pas sur le corps une pierre.
Vos cendres dispersées au hasard sur la terre
Ne connaîtrons jamais l’apaisante douceur,
A l’ombre des cyprès sous un tapis de fleurs
Du repos éternel dans un cher cimetière...
Paul Picot, déporté à Mauthausen.
Extrait d’un poème publié dans
"Poésies nées de la souffrance"