Les valeurs de la République dans les champs disciplinaires

Temps de lecture 10 minutes

Publication des doyens de l’Inspection générale en 2015, avec la contribution de chaque discipline ou domaine :

Histoire

L’histoire est une discipline qui s’intéresse à la conquête des avancées républicaines, en tant que science humaine et sociale. La succession des régimes politiques a fortement jalonné des programmes qui ont privilégié, par le passé, une histoire politique et institutionnelle. L’influence de nouveaux courants historiographiques comme l’École des Annales a permis ensuite de diversifier les approches en sortant du portrait des grands personnages et en donnant une place à la micro-histoire ou aux faits sociaux. Il s’agit alors de rappeler par exemple l’influence des mouvements ouvriers sur les conquêtes sociales, contribuant ainsi à une autre forme de « roman national », constitutif d’une identité au même titre que la mémorisation des dynasties royales et des régimes politiques.

Mais au-delà de l’objet enseigné, l’histoire structure la pensée et aiguise le raisonnement, avec un objectif conforme aux valeurs de notre République : la recherche de vérité. Pour atteindre cet objectif, l’historien développe des stratégies, notamment par le recoupement des sources et par le regard critique sur toute forme de témoignage du passé. Les élèves, encore davantage en lycée, sont invités à s’initier à l’argumentation historique. Toute démarche historique sous-entend d’accepter des faits historiques (« Tout ne se vaut pas »). Cependant, si les preuves scientifiques de la présence de Christophe Colomb sur le nouveau continent sont incontestables, les conséquences de cette découverte entraînent des interprétations différentes, qui laissent la place au débat historique. Ainsi le professeur doit garder à l’esprit que tout enseignement de l’histoire signifie de s’appuyer sur : des faits, mais aussi des représentations sociales des élèves, et une initiation à l’interprétation historique de ces faits. C’est ainsi que l’on peut comprendre la compétence de cycle 4 « Raisonner et justifier en histoire ».

Géographie

La géographie est d’abord une compréhension des territoires (au-delà des espaces, il s’agit bien des sociétés humaines et de leurs acteurs) et une rencontre avec l’autre à différentes échelles. Cette rencontre passe par une conscience de l’humanité sur un territoire qui s’appelle la Terre, mais parfois aussi tout simplement de l’autre en tant que voisin, sur des territoires fracturés à de très grandes échelles.Si l’histoire enseigne la constitution progressive d’une conscience républicaine en France, cette intégration dans l’objet même d’enseignement va moins de soi en géographie. Pourtant à l’origine de l’enseignement de la géographie scolaire, on trouve « l’enquête Emile Levasseur » en 1871 qui indique : « La plupart des professeurs, trop occupés de leur cours d’histoire, négligent complètement le cours de géographie. Ils ne font plus que de la géographie historique, à mesure que les questions se présentent dans leurs cours ». La méconnaissance de l’allemand et de la patrie française serait à l’origine de la défaite de 1870 et la géographie devient la discipline reine pour ancrer la République à la fin du 19è siècle. Si les années 1960 la réduisent au rang des disciplines d’éveil, la nouvelle géographie la replace au carrefour des sciences humaines et sociales et à nouveau ciment de la République, mais aussi culture de l’autre. Lors d’un colloque en 2002, Michel Lussault affirme ainsi que la géographie doit tout d’abord être envisagée comme un outil de compréhension des sociétés, et non comme le décor de l’histoire. Jacques Lévy l’exprime d’une autre manière : « Les territoires ne sont pas que les conteneurs des sociétés ». Plus récemment l’introduction de la démarche prospective dans les programmes de cycles 3 et 4 encourage les élèves à proposer un avenir pour nos sociétés, loin de tout déterminisme ou fatalisme.

Économie et gestion

Consulter le document Faire vivre les valeurs de la République à travers les enseignements d'économie et de gestion

Enseignements artistiques

Consulter la présentation Les valeurs de la République et les enseignements artistiques

Sciences économiques et sociales

Consulter la contribution des SES à la transmission des valeurs de la République

Sciences de la vie et de la Terre

Comment apprendre aux élèves à distinguer savoirs scientifiques, opinions et croyances ?
Quelles relations entre enseignement des SVT, laïcité et le concept d’évolution ?
Quelles relations entre enseignement des SVT, laïcité et choix éthiques en matière de sexualité ?
En quoi l’enseignement des Sciences de la vie et de la Terre contribue-t-il à l’appropriation des valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité ?
Des éléments de réponse dans les ressources ci-dessous :

Éducation musicale et chant choral

Consulter la présentation Valeurs de la République en éducation musicale et chant choral

Mathématiques

Consulter l'article Laïcité à l’École et valeurs de la République française

Éducation Physique et Sportive (EPS)

Consulter l'article La contribution de l'EPS aux valeurs de la République

Sciences et Technologies de l'Industrie et du Développement Durable (STI2D)

L’enseignement de la technologie doit permettre de doter chaque futur citoyen d’une culture faisant de lui un acteur éclairé et responsable de l’usage des technologies et des enjeux éthiques associés. Les ressources sont disponibles sur le site disciplinaire.

Sciences de l'ingénieur (SI)

Consulter l'article Apprentissage des valeurs de la République et de la laïcité : l’apport de la technologie

Lettres

Au collège comme au lycée, l’enseignement du français contribue fortement à la formation civique et morale des élèves : il permet de découvrir les grandes questions humaines soulevées par les œuvres littéraires, de les soumettre à un examen critique et de développer des compétences d’argumentation.

Au cycle 4, le travail est organisé à partir de quatre grandes entrées qui présentent la lecture et la littérature comme des ouvertures sur le monde : ces entrées, « Se chercher, se construire », « Vivre en société, participer à la société », « Regarder le monde, inventer des mondes », « Agir sur le monde », font l’objet de questionnements spécifiques par année, à travers lesquels l’élève est conduit à considérer les textes non comme une fin en soi mais comme une invitation à la réflexion.

Au lycée, la discipline joue un rôle déterminant dans la formation de l’esprit, permettant aux élèves d’approfondir et d’exercer leur jugement, de développer une réflexion personnelle et une argumentation convaincante, à l’écrit comme à l’oral, d’analyser les stratégies argumentatives des discours lus ou entendus.

Certains questionnements au collège et au lycée concourent plus spécifiquement à l’éducation morale et civique.

Ainsi, en quatrième, le questionnement « Informer, s’informer, déformer ? » donne l’opportunité de découvrir des articles, des reportages, des images d’information sur des supports et dans des formats variés, se rapportant à un même événement, à une question de société ou à une thématique commune. Par ce biais, les élèves comprennent l’importance de la vérification et du recoupement des sources, la différence entre fait brut et information, les effets de la rédaction, de la citation réduite et du montage. On peut également exploiter des textes et documents conçus à des fins de propagande ou témoignant de la manipulation de l’information.

En troisième, l’entrée « Dénoncer les travers de la société » permet de découvrir des œuvres, des textes et des images à visée satirique, de comprendre les raisons, les visées et les modalités de la satire, les effets d’ironie, de grossissement, de rabaissement ou de déplacement dont elle joue, de savoir en apprécier le sel et d’en saisir la portée et les limites, de s’interroger sur la dimension morale et sociale du comique satirique.
En seconde, l’entrée « La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle » prévoit l’étude d’un groupement de textes autour d’un débat d’idées, du XIXe au XXIe, au choix du professeur, qui peut, par exemple, porter sur des questions éthiques ou sociales. Ce dernier peut également proposer l’analyse de photographies de presse, d’affiches, de caricatures, de films documentaires ou de fiction, de pièces ou recueils poétiques engagés, etc. Les partenariats avec les institutions locales administratives ou juridiques, l’utilisation des médias locaux et/ou numériques, particulièrement durant les événements récurrents comme la Semaine de la Presse à l’école, peuvent conforter et élargir l’enseignement.

En première, l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle » vise l’acquisition d’une culture humaniste en faisant dialoguer textes anciens et textes contemporains, afin de donner aux interrogations qui sont les leurs une profondeur et une ampleur nouvelles. La littérature d’idées contribue à forger en eux une mémoire culturelle et à développer leurs capacités de réflexion et leur esprit critique.

D’une manière générale, les programmes conseillent aux professeurs de français d’établir des liens avec les programmes d’enseignement moral et civique, de favoriser le travail entre les disciplines et de faire appel à la participation des professeurs documentalistes.

  • 16 documents (poésies, discours, littérature, textes de réflexion et documents iconographiques) sont proposés au choix des professeurs comme supports pédagogiques. Ils sont accompagnés de pistes d’analyse et de propositions d’activités en lien avec la défense de la liberté d’expression, des valeurs de la République et du rôle de l’École.

Physique-chimie

Consulter le guide Eduscol Valeurs de la République et enseignement de la physique-chimie

Enseignement moral et civique (EMC)

L’EMC (Enseignement moral et civique) couvre la totalité de la scolarité du CP aux classes terminales des lycées.

Réintroduire une « morale » dans les programmes a suscité bien des débats, pouvant laisser penser que l’on ouvrait la porte aux leçons de morale d’antan.

En réalité il s’agit bien d’enseignement moral et civique et non pas de l’enseignement de la morale civique.

Par morale, il faut entendre une « morale républicaine, dans le sens de l’éthique, ce qui a trait aux mœurs, aux attitudes humaines, en particulier, aux règles de conduite et à leur justification », comme le définit Pierre Kahn. L’EMC contribue largement à une « culture civique commune ». C’est bien un enjeu culturel puisqu’il donne du sens à certaines de nos expériences et permet d’en comprendre les enjeux et de les comparer à l’expérience d’autrui.

Au lycée général et technologique, un thème est privilégié pour chaque niveau : la liberté en seconde, la société en première et la démocratie en terminale. Les démarches pédagogiques citées dans les programmes sont : les études, les exposés problématisés, les discussions argumentées et les débats réglés. Mais d’autres démarches comme la soutenance orale devant un jury sont envisageables.

Enfin pour la première fois cet enseignement est évalué au baccalauréat, ce qui contribue à lui donner de la visibilité en lycée.

L’arrêté du 16 juillet 2018 sur l’organisation et l’évaluation du baccalauréat à compter de la session 2021 cite bien l’EMC à la suite de cet extrait : « un coefficient 10 est affecté à la moyenne de l’évaluation des résultats de l’élève au cours du cycle terminal, attribuée par ses enseignants pour les enseignements énumérés dans le tableau suivant, chacun des enseignements comptant à poids égal ». Toutefois le choix est laissé aux équipes pédagogiques d’attribuer une moyenne en EMC ou de l’évaluer uniquement par des compétences civiques bien identifiées.

 

L'EMC en collège

L'EMC en collège : modélisation pour favoriser les mises en situation pratique

 Des exemples d’exploitation pédagogique dans l’académie d’Amiens : exposition de la Bibliothèque nationale de France “La laïcité en questions”, “rôle du CVL” et “sécurité et laïcité”.

 

L'EMC en lycée général et technologique

Les capacités identifiées dans les programmes d’EMC sont les mêmes pour les 3 années. Il s’agit donc de faire un choix précis, de les envisager dans une logique de progressivité sur les trois années et de ne pas les déconnecter des thématiques enseignées. Voici quelques mises en situation tirées des programmes d’EMC.

  • Identifier différents types de documents (récits de vie, textes littéraires, œuvres d’art, documents juridiques, textes administratifs, etc.), les contextualiser, en saisir les statuts, repérer et apprécier les intentions des auteurs.

    Seconde : « Comment évoluent la conception et l’exercice des libertés ? »

    Expliquer les objectifs du mouvement « Anonymous » et identifier une source favorable et une autre hostile à ce mouvement.

    Renvoi obligatoire à la page Wikipédia pour vérifier que les élèves savent utiliser les sources et renvois de bas de page et comprennent le processus de rédaction d’un article sur cette encyclopédie en ligne.

  • Savoir exercer son jugement et l’inscrire dans une recherche de vérité ; être capable de mettre à distance ses propres opinions et représentations, comprendre le sens de la complexité des choses, être capable de considérer les autres dans leur diversité et leurs différences.

    Première : « Comment les modalités de recomposition du lien social tendent- elles à définir un nouveau modèle de société ? »

    Réflexion nouvelle sur la cause animale.

    Quels arguments et quelle méthode pour proposer ou imposer des menus végétariens dans la restauration scolaire. Travail obligatoirement en articulation avec le CAVL et le CESC.

  • Rechercher, collecter, analyser et savoir publier des textes ou témoignages ; être rigoureux dans ses recherches et ses traitements de l’information.

    Terminale : « Comment construire l’avenir de la démocratie dans un monde d’incertitudes ?”

    Le citoyen et la politique sociale : le droit du travail, la représentation des salariés, le dialogue social.

    Réaliser une charte du travail qui serait valable dans le champ professionnel en relation avec vos vœux sur Parcoursup.

    Adapter la forme à deux types de public : les salariés du secteur et les personnels d’encadrement ou le patronat.

  • Compétences orales à travers notamment la pratique de l’argumentation.

    Celle-ci conduit à préciser sa pensée et à expliciter son raisonnement de manière à convaincre. S’exprimer en public de manière claire, argumentée, nuancée et posée ; savoir écouter et apprendre à débattre; respecter la diversité des points de vue.

    Seconde : « Quels principes et quelles conditions de la liberté ? »

    Figure emblématique : l’engagement pour la liberté d’une femme ou d’un homme« panthéonisé ».

    Imaginer le discours d’intronisation au Panthéon et l’enregistrer sur un support numérique

  • Développer des capacités à contribuer à un travail coopératif / collaboratif, en groupe, s’impliquer dans un travail en équipe et les projets de classe.

    Première : « Comment les fondements du lien social se trouvent aujourd’hui fragilisés ? »

    De quelle manière peut-on se retrouver aujourd’hui « exclu » de la société ? Illustrez votre argumentation par divers exemples que vous travaillerez en groupe et selon une stratégie à définir explicitement.

Articulation de l'EMC avec d'autres enseignements ou dispositifs du nouveau lycée

 

L'EMC dans la voie professionnelle du lycée

Les nouveaux programmes liés à la Transformation de la Voie Professionnelle sont entrés en vigueur à la rentrée 2019 en première année de CAP et en seconde professionnelle, à la rentrée 2020 en deuxième année de CAP et en première professionnelle. Ils entrent en vigueur à la rentrée 2021 en terminale professionnelle.

Le volume horaire est identifié en CAP : 14h30 en 1ère année, 13h en 2ème année. En bac professionnel, l’horaire est intégré dans celui du bloc lettres-histoire-géographie-EMC : respectivement sur les trois années du cycle : 105h, 84h, 78h.

En bac professionnel tout comme en CAP, c’est le professeur qui a en charge l’histoire-géographie qui prend en charge l’histoire-géographie, l’EMC étant une composante de sous-épreuve d’histoire-géographie-EMC.

La laïcité est abordée par tous les élèves entrants dans la voie professionnelle, en 1ère année de CAP et en Seconde professionnelle. Est abordée également la valeur républicaine de la Liberté.

Elle l’est également pour une dernière année en classe de terminale dans le cadre des anciens programmes.

La laïcité est ainsi définie dans les programmes, en termes de connaissances à acquérir :

  • La laïcité est un principe républicain inscrit dans l’article premier de la Constitution de la Ve République : la France est une République laïque qui « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». L’École, laïque depuis 1882 pour protéger l’élève de toute emprise (religieuse, politique, partisane, économique…), lui permet de construire son jugement ; la laïcité est un des fondements de l’École de la République. La loi de la séparation des Églises et de l’État (1905) garantit la liberté de conscience des individus et les conditions du libre exercice des cultes. La liberté est donc au cœur de la laïcité.
  • Les agents de la fonction publique, soumis à l’obligation de neutralité du service public, ne peuvent pas, dans le cadre de leurs fonctions, manifester leur appartenance religieuse par le port d’un signe religieux. Les employés des entreprises privées ne sont pas soumis à cette obligation ; l’employeur peut cependant introduire dans son règlement intérieur des dispositions particulières.

Les compétences développées dans le cadre de l’enseignement moral et civique sont les suivantes :

  • Identifier, exprimer et maîtriser ses émotions.
  • Mettre à distance ses opinions personnelles pour construire son jugement.
  • Effectuer une recherche documentaire en faisant preuve d’esprit critique.
  • S’impliquer dans un travail et coopérer.
  • Construire et exprimer une argumentation cohérente et étayée en s’appuyant sur les repères et les notions du programme.
  • Savoir écouter, apprendre à débattre.
  • Respecter autrui et la pluralité des points de vue.

La démarche

Chaque thème est traité dans le cadre d’un projet – qui peut s’insérer dans la réalisation du chef-d’œuvre – construit à partir des questions de l’élève et de situations concrètes (actualité, vidéos, films documentaires et films de fiction, actions au sein de l’établissement…). Il permet de faire appel à ses expériences, ses opinions et ses convictions et de les mettre en rapport avec les normes éthiques. Dans une démarche d’enquête, les recherches menées par l’élève permettent de construire les « notions et mots-clés » à partir des « références et repères » indiquées dans le programme et ainsi consolider sa culture civique. Cette démarche de projet initie l’élève à la pratique du débat réglé. Elle aboutit à une production finale puis à une trace écrite.

L’ensemble des thèmes du programme est articulé au principe de la laïcité (la Liberté, l’Égalité, la Fraternité, la citoyenneté, la paix, la défense des valeurs communes et Espace public, engagement et culture du débat démocratique) ainsi que les notions et les repères.

Quelques ressources pédagogiques proposées par les formateurs de LP de l’académie de Nancy-Metz :